Oser, Résister le dernier livre de Jean Malaurie. Oser – VIRGULE – Résister. La virgule et l’infinitif ont leur importance ! L’extrait de cette lecture zen nous parle d’un élément très répandu dans l’humanité, et pas que celle du XXI éme siècle : La très haute estime que nous avons de notre espèce et de nous même sans aucun élément probant pour justifier une telle haute considération. Et oui cette semaine on parle de ce mal qui nous ronge tous LA SUFFISANCE.

Suffisance, quand tu nous tiens !

Jean Malaurie est directeur d’études à l’école des hautes études de sciences sociales. Il collabore à la collection Terre Humaine chez PLON. Il est l’auteur de l’excellent Les derniers rois de Thulé sur le grand nord. Oser, Résister, son dernier livre, reflète sa philosophie de vie : découvrir, s’aventurer dans le monde mais aussi dans nos mondes intérieurs pour ne pas devenir « un peuple de fourmis. »

 » Tuez-vous des hommes pour les manger ? »

Pressés de répondre, ils acquiesçaient tout naturellement et l’enquêteur poursuivait dans la lignée de ce qu’il croyait percevoir :

« Quels hommes mangez-vous? »

Pas de réponse.

« Mangez-vous les méchants ?

– Oui.

– Quand il n’y a pas de méchants, que se passe-t-il ? »

Pas de réponse.

« Mangez-vous vos vieilles femmes ?

– Oui. »

Et peu à peu, les Fuégiens prirent plaisir à inventer. Il est un proverbe chez les Tamberma, au nord du Togo, selon lequel « le Blanc croit tout ce que l’Africain lui dit ». Le célèbre poète peul Amadou Hampâté Bâ, dans Oui, mon commandant !, a décrit avec humour des enquêtes administratives auxquelles il participait en tant qu’interprète et au cours desquelles il se découvrait une secrète satisfaction indigène à contourner les faits pour tromper son interlocuteur, dérouter l’étranger arrogant, soucieux, en bon fonctionnaire, de vous explorer pour mieux vous assujettir.

A bord du Beagle, il était un passager naturaliste, Charles Darwin. Relisons-le :

L’étonnement que je ressentis en voyant pour la première fois un groupe de Fuégiens sur une côte sauvage et accidentée, je ne l’oublierai jamais ; car aussitôt, il me vint brusquement à l’esprit cette réflexion : tels étaient nos ancêtres. Ces hommes étaient absolument nus et barbouillés de peinture ; leurs longs cheveux étaient emmêlés, leurs bouches écumaient d’excitation et leur expression était sauvage, effrayée et méfiante. Ils ne possédaient presque aucun art et tels des animaux sauvages, ils vivaient de ce qu’ils pouvaient attraper. Ils n’avaient pas de gouvernement et ils étaient sans pitié à l’égard de quiconque n’appartenait pas à leur petite tribu. Celui qui a vu un sauvage sur sa terre natale n’éprouvera guère de honte s’il est forcé de reconnaître que le sang de quelques créatures plus humbles coule dans ses veines. Pour ma part, je préférerais descendre de ce petit singe héroïque qui brava son ennemi redouté afin de sauver la vie de son gardien, ou de ce vieux babouin qui, descendant des montagnes, arracha triomphalement son jeune compagnon à une meute de chiens étonnés, plutôt que d’un sauvage qui prend plaisir à torturer ses ennemis, qui offre des sacrifices sanglants, qui pratique l’infanticide sans remords, qui traite ses femmes comme des esclaves, qui ignore la décence et qui est habité par les superstitions les plus grossières.

Cette observation concerne les Yahgan. La recherche devait établir ultérieurement que ces peuples connaissaient, non pas des « superstitions grossières », mais une sociologie complexe.

Et oui ! ces Fuégiens pensent et Darwin ne s’est guère interrogé à et égard. Inspiré par son hérédité d’Occidental, il conclut trop vite que ces hommes vivaient un état primaire et encore grossier, dans leur stade d’évolution de fils d’animal-humain. Charles Darwin non seulement était un piètre ethnologue, mais aussi un très mauvais linguiste. En les écoutant, il eut l’impression que les Fuégiens, dans ce cas précis les Yahgan, répétaient toujours les mêmes phrases, encore et encore. Il en arriva à la conclusion que tout leur langage ne comptait pas plus d’une centaine de mots.

Lucas Bridges, qui a passé quarante ans en Terre de Feu et parlait parfaitement le yahgan et l’ona, montre que le yahgan est une langue infiniment plus riche et expressive que l’anglais ou l’espagnol…

« Le Dictionnaire yahgan ou yamana-anglais, élaboré par mon père, ne contient pas moins de trente-deux mille mots ou inflexions, nombre qui aurait pu être considérablement augmenté sans s’écarter de la langue châtiée. »

extrait de Oser, résister, de Jean Malaurie

Extrait de Oser, Résister en podcast

Je n’ai pas lu ce livre, je le découvre par ce petit extrait. Un petit extrait qui ne parle que d’une chose : de notre suffisance ! Et c’est tellement drôle. Là c’est la suffisance de l’homme blanc, il faut dire qu’elle est gratinée, face au sauvage, moitié homme, moitié animal ! Cette suffisance qui fait qu’on ne voit rien, qu’on ne comprend rien. Cette suffisance qui nous fait nous sentir supérieur alors qu’on est le roi des cons ! Ce sentiment de supériorité qui fait que moi et l’autre, c’est tellement différent.

Suffisance ou infini ? Photo by Vince Fleming

On peut rire de Darwin en découvrant cet extrait. Mais rassurons-nous, on est tous aussi cons que lui, pour la plupart. On a tous cette attitude pédante et arrogante qui nous fait nous croire supérieur.

Quand on bosse avec les jeunes des quartiers et qu’on les traite avec condescendance, parce que tu comprends, les pauvres, c’est dur ce qu’ils vivent.

Quand on regarde avec des yeux mouillés de complaisance ce pauvre hère qui tend la main dans la rue ; quand on méprise la cagole qu’on a croisé tout à l’heure, pov fille obligée de porter une jupe trop courte pour se sentir exister !

Et ben on est aussi con que Darwin face à ces prétendus sauvages ! A chaque fois qu’on croit, même une seconde, qu’on vaut mieux que l’autre, on est le roi des cons ! Et on passe à côté du monde. On ne voit que la représentation qu’on a du monde. On n’apprend rien, car on ne voit que ce qu’on sait déjà, que ce qu’on a déjà inclus dans le tableau qu’on a déjà construit.

Et chaque fois qu’on s’offusque de ne pas être traité avec le respect qui nous est dû, on passe à côté d’une occasion merveilleuse ! L’occasion d’arrêter de se prendre au sérieux !

Remercions les ! Remercions tous les gens qui nous prennent pour des cons. Remercions les car ils nous offrent l’occasion de faire taire notre indécrottable suffisance.

Quelle importance que l’autre sache qu’on est intelligent, digne de confiance, gentil, rusé, remplissez par le qualificatif qui vous excite le plus.

L’essentiel c’est que vous, vous le sachiez. Non ? Ou alors vous avez besoin que quelqu’un vous dise que vous êtes quelqu’un de bien pour y croire ? Ouhaou, ça tient à peu de choses alors ! Et puis c’est quoi, quelqu’un de bien ?

Soyons le tout et le rien

Alors oui, y a des gens qui me considèrent comme une pov fille qui n’a pas trouvé autre chose à faire de sa vie que montrer son cul en webcam. Et alors, cool, s’ils le croient. Car c’est vrai, je suis ça. Je suis aussi celle qui vous lit ce podcast. Celle qui arrive toujours en retard. Celle qui est toujours en avance. Celle qui ment. Celle qui dit toujours la vérité.

Voyez de moi le personnage qui vous arrange.

En début de semaine c’est la carte Nous sommes le monde qui est sortie. Oui, nous sommes le monde. Nous sommes le sauvage et le civilisé, le brave et le pleutre, le héros et le traître. Nous sommes tout à la fois. Nous sommes le plein et le vide. Le tout et le rien. Acceptons d’être le tout et le rien . Acceptons d’être. Sans forcément le définir.

Et quand on nous définit, quand on nous catalogue, rions, au lieu de nous offusquer. Car si on s’offusque, c’est qu’on continue à soi même se cataloguer et se définir. Vous vous voyez si petit que ça ? Really ?

Don’t Forget. You’re the infinite. Tout et Rien. Plein et Vide. N’oublie pas. Tu es l’Infini.

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