Aujourd’hui c’est un Au Hasard Balthazar un peu particulier puisqu’il y aura non pas un mais deux extraits, de deux livres différents. Un livre sur la violence envers les femmes coécrit par Françoise Héritier, et Do or DIe sur la vie des Pirates écrit par un collectif libertaire anglais. Rien à voir ? Pas si sûr !

Transgresser les règles qu’on s’impose.

Pour revenir au préambule de ce podcast zen, quelques mots autour des règles qu’on s’impose. Je sais, je suis une rebelle, je change les règles, cette semaine je lis deux extraits au lieu d’un ! RÉVOLUTION ! Alors oui, j’enfreins la règle du un livre, un extrait, mais en même temps, les règles, c’est moi qui les ai mises en place, et ça me fait un bien fou d’oser désobéir à mon propre règlement.

Oui, ça semble un peu débile mais je pars de loin, je vous assure. Je fais partie de ces gens qui respectent la loi. Un bon petit tempérament de bonne élève qui veut avoir une bonne note. Une soumise qui s’ignore, soumise au pouvoir, à la loi du plus fort. Mais voilà, je cherche la Liberté, quoi qu’il m’en coûte ! Alors depuis des années, je rame, je m’attelle à changer d’habitudes et surtout de description du monde. Car oui, on peut changer, on peut choisir le monde dans lequel on vit ! Et ça, croyez-moi, c’est le summum de la piraterie !

Bon, revenons à nos moutons, nos extraits en l’occurrence. Comme tous les vendredis, je me cale devant une de mes bibliothèques, je respire, je fais le vide, et je laisse ma main choisir, une livre, une page, je laisse le hasard qui n’existe pas me guider. Quel est l’enseignement du jour ? Une mancie littéraire, finalement.

Ces yeux qui te regardent, et la nuit, et le jour

Trois regards sur la violence envers les femmes, coécrit par Françoise Héritier, Nadia Kaci et Marie Louise Gourdon. Voici l’extrait

Comme le démontre Françoise Héritier, c’est la faculté de procréer qui a provoqué la soumission de la femme à l’homme. Grossesse-accouchement-élevage des enfants, associés à l’absence d’éducation cantonnant la femme dans l’univers domestique, ont construit un modèle d’infériorité universel qui domine nos sociétés. Toutes nos sociétés. Et les différentes « raisons » qui sont censées justifier cet état de soumission et la violence qu’elle engendre trop naturellement ne sont que des prétextes. Culture, religion, honneur, mariage ne sont que des apparences diverses du même fait unique : l’homme veut dominer la femme. Les femmes soumises se retrouvent à la fois victimes et actrices de cette situation qu’elles considèrent comme « naturelle ».

« Je suis acculée derrière ces barreaux, pleine de douleur et de mélancolie. / … / Je suis une femme afghane et je dois gémir », écrivait Nadia Anjuman, poète afghane, morte sous les coups de son mari, qui n’était pas un taliban mais un homme éduqué, professeur de son métier.

« Toutes ces disparités apparaissent là sous nos yeux. / Mais personne parmi nous / ne dit le moindre mot. / Nos langes sont coupées, nos lèvres scellées, / Nos mains attachées, nos pieds enchaînés. / Ne dirons-nous jamais un seul mot ? / … / Quand je te regarde / ce n’est pas de la pitié que j’éprouve / mais une immense colère. Puisque tu as deux mains / pourquoi ne pas lui arracher le fouet / pour le faire passer de sa main dans la tienne ? / …/ Montre-lui que toi aussi tu peux tuer le diable. »

Cette révolte qu’appelle Taslima Nasreen de ses voeux, de son exil forcé, c’est la nôtre. Ne perdons jamais une occasion de nous mobiliser contre chacune de ces injustices, de ces violences. Lointaines ou si proches de nous. Pour une véritable évolution, trois conditions au moins sont nécessaires : l’évolution des lois, le développement de la laïcité, véritable rempart de la liberté des femmes, et l’éducation. L’éducation des garçons et des filles, partout dans le monde.

extrait de Ces yeux qui te regardent, et la nuit, et le jour – coécrit par Marie-Louise Gourdon, Françoise Héritier et Nadia Kaci, éditions de l’aube.

Conseil de lecture : Ces yeux qui te regardent, et la nuit, et le jour – Découvrez ce livre

L’injustice faite aux …

Et bien cet extrait m’a énervée. Je n’étais pas satisfaite. Oui, l’injustice, oui, la violence faite aux femmes. Bien sûr que c’est inadmissible ! Evidemment ! Je suis une femme qui déteste se faire taper dessus, je vais pas dire le contraire.

Et en même temps, je suis quelqu’un qui adore obéir ! Pour avoir une bonne note, une caresse sur la tête, pour se sentir aimer et exister. Donc si je pousse mon obéissance jusqu’au bout : Je suis prête à aller jusqu’où pour me sentir aimée ? Je suis prête à quoi pour justifier mon droit à l’existence malgré ce sentiment venu d’on ne sait où qui me susurre que je suis mauvaise ?

Oulala, en disant ça, je suis horriblement incorrecte. Et pourtant je le dis. Et pourtant, à aucun moment je ne dis que la violence faite aux femmes n’est acceptable. Je vais même rajouter autre chose : on a toujours le choix !

Quoi ? Mais comment tu peux dire ça ? Tu crois que machine avait le choix quand elle s’est fait violer par untel ? Que bidule avait le choix quand truc lui a fracassé la tête à coups de barre de fer ?

Non, des fois on n’a pas le choix. Des fois, on meurt sans aucun signe avertisseur avant. Des fois, comme la gamine championne de triathlon, on fait du vélo, on se fait renverser et paf ! Pas paf le chien. Paf la fille, elle est morte !

Un seul choix nous est imposé : celui de la fin

Je connais une histoire folle mais vraie. Une femme qui se promène sur les bords de Loire. C’est dimanche, il fait beau, elle prend l’air.

Ce jour là, à quelques 50 bornes, deux mecs s’échappent de prison. Ils volent une bagnole. Course poursuite avec les flics. Ils prennent les petites routes, à toute berzingue. Perte de contrôle du véhicule, sortie de route, tonneaux. Et ils atterrissent sur la femme qui prenait l’air, par un beau dimanche ensoleillé, sur les bords de Loire.

On dirait un scénario de Destination Finale. Et ouais mais quand c’est l’heure, c’est l’heure. La Mort n’est jamais en retard. Elle est ce qu’on peut trouver de plus juste au monde. Elle frappe toutes et tous. Ni la richesse, ni le savoir, ni le rang ne préserve de la Mort. Et pourtant, c’est elle qu’on accuse sans cesse d’injustice. La Mort frappe quand vient l’heure, peu importe l’âge, la vie, le mérite.

Accepter de perdre ce(ux) à quoi l’on s’accroche

Donc, tant qu’on n’est pas mort, on a toujours le choix, même celui de se suicider. Oui, je suis horriblement pragmatique et vous prendrez ça pour du cynisme.

Oui, on va peut-être, sûrement, perdre beaucoup, pour quitter son bourreau, pour changer de vie. Mais on a toujours le choix. Sauf quand on est mort. Mais quand c’est l’heure, c’est l’heure, donc …

Voilà où j’en étais de mes réflexions. Et je me suis dit que ça allait être chaud patate de raconter ça. Forcément, ça allait pas bien passer.Du coup, deuxième extrait !

Bastions Pirates : Do or Die !

Juste à côté du premier livre, un tout petit bouquin noir, avec rien marqué sur la tranche. Ce livre c’est Bastions Pirates, une histoire libertaire de la piraterie, par le collectif Do or Die. Do or Die, c’est un collectif de libertaires anglais qui publie la revue d’écologie radicale du même nom.

Conseil de lecture : Bastions de Pirates par Do or Die – Découvrez ce livre

Roberts envoie ensuite un courrier au gouverneur, lui indiquant qu' »ils viendraient et brûleraient la ville (Sandy Point) pour y avoir pendu les pirates ».

Roberts fait même fabriquer son propre drapeau pirate, se montrant debout sur deux crânes avec les inscriptions ABH et AMH –  » A Barbadian’s Head » et « A Martinican’s Head » (Une Tête de la Barbade et Une Tête de la Martinique-ndt).

Au cours de la même année, il donne corps à sa vendetta contre ces deux îles en pendant le gouverneur de la Martinique en bout de vergue.

Comme des primes sont offertes pour la capture des pirates, ceux-ci y répondent en offrant des récompenses pour la capture de certains personnages officiels.

Et lorsque les pirates sont capturés ou exécutés, d’autres équipages pirates vengent leurs frères, attaquant la ville qui les a condamnés, ou les bateaux qui se trouvent dans son port.

Cette forme de solidarité montre qu’une véritable communauté pirate s’est développée, et que ceux qui naviguent sous « la bannière du Roi de la Mort » ne se considèrent plus comme Anglais, Hollandais ou Français, mais comme pirates.

extrait de Bastions Pirates – Une histoire libertaire de la piraterie, par le collectif Do or Die – éditions Aden

La solution ? Devenir pirate !

Wikikipédia me dit que le mot pirate vient du latin pirata, qui tente la fortune, qui est entreprenant. Alors, on la tente notre bonne fortune ?

Au-delà du côté vengeance, qui ne mène finalement pas à grand chose d’autre que la mort, soit effective, soit la mort de notre âme, totalement remplacée par un désir de revanche et par de la rancoeur et de la haine (Voir le Limier dans GOT saison 8)… Donc, au-delà de la vengeance, il y a surtout le choix de devenir pirate.

On abandonne son histoire, son idendité, pour devenir pirate !

J’adore le petit résumé en 4ème de couverture de Bastions Pirates :

La société euro-américaine des XVIIè et XVIIIe siècles était celle du capitalisme en plein essor ; la famine et la misère côtoyaient une richesse inimaginable. L’Eglise dominait tous les aspects de l’existence et les femmes avaient peu de choix hormis l’esclavage marital.

En opposition à cela, les pirates créèrent un monde qui leur était propre, où ils avaient « le choix en eux-mêmes. »

Ils avaient le choix en eux-mêmes. C’est ça, le seul choix qu’on puisse faire. On parie sur notre gueule ? On décide de vivre libre ? Ou on continue d’obéir aux injonctions, parce que c’est rassurant, parce qu’au moins on n’est pas tout seul, on se sent aimé, rassuré…

La liberté n’est pas rassurante. Elle est même flippante ! Mais on est riche, infiniment riche d’une chose : riche de nous même !

Marie-Louise Gourdon écrit que « Pour une véritable évolution, trois conditions au moins sont nécessaires : l’évolution des lois, le développement de la laïcité, véritable rempart de la liberté des femmes, et l’éducation. »

Je ris. Non, ça ne suffit pas ! Perpignan, ville qui se bouge vraiment culturellement parlant, va sûrement passer Rassemblement National aux prochaines élections. La manif pour tous n’était pas composée que de gens abrutis, sans accès à l’école, et complètement embrigadés dans une religion.

Ca ne suffit pas. Il faut décider de s’affranchir des règles et, de fait, de nos propres règles d’esclaves soumis.es. Car les hommes aussi sont esclaves de ces règles qu’ils font leurs en voulant appartenir à ce monde.

Il faut donc décider d’être Libre et s’arracher les doigts du fion pour être vraiment libre. En plus de tout ça, il faut embrasser tous les inconvénients de la liberté. Perdre tout espoir. Abandonner son histoire. Perdre la définition qu’on a de soi. Abandonner la morale. Accepter la solitude.

On comprend mieux pourquoi les gens préfèrent la sécurité à la liberté. Y a plus beaucoup de pirates, aujourd’hui. Moi, je suis la voie des gentilshommes (et femmes) de fortune, et vous, quelle voie vous suivez ?

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