Les 5 SAISONS DE L’ÉNERGIE :L'ETE, le SUD, la Terre chamanique. Le point de la RAISON, pas celui de la rationalité. "savoir raison garder". Le pèlerin n'est pas un mystique, ni un rationaliste, il chemine entre deux mondes. C'est la période idéale pour s'affranchir de nos croyances et points de vue pour revenir au réel. Celui de la matière MAIS AUSSI celui de l'abstrait. L'ART DU TRAQUEUR . PRÉSENCE, détermination et honnêteté avec soi pour pouvoir l'appliquer dans le monde.
  • Post last modified:28 décembre 2021
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3éme et dernière partie sur « LE MARCHE DU DON ». On va décortiquer ce qui met notre don sous influence extérieure, le don ne serait il pas aussi libre qu’il y parait ? Mais aussi comment le don influence le monde, quel impact le marché de la bonne conscience a sur le monde, une population, une économie. Après avoir décortiquer dans la première partie les fantasmes qui habitent le donateur et dans la seconde partie le monde pas si merveilleux des associations humanitaires nous allons faire la même chose avec les conditionnements qui influent sur notre don et l’impact qu’ils ont sur les populations concernés et sur le marché du don en lui même.

C’est une étape nécessaire pour revenir à la source du DON et nous poser sincèrement la première question qui s’impose: Voulons nous vraiment Donner, qu’est ce qui influence nos choix ?

Encore une fois, même si chacun vient avec de « bonnes intentions », nous verrons à quel point nos dons sont conditionnés et nourrissent nos peurs et notre émotionnel. Après ces étapes désagréables, nous pourrons voir qu’il y a d’autres façons de penser et d’agir le « don ».

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Image par S. Hermann & F. Richter

Le don sous influence. le don qui influence.

Aujourd’hui, donner à une association, c’est simple comme un coup de clic ! Je clic sur une pub et paf 0,1 euros est reversé à une association. Je paye avec ma CB et 0,5 euros sont reversés à une association, parfois, de mon choix… Des sites me conseillent selon mes « goûts » pour me dire à qui et comment donner. Même l’algorithme de gogole me conseille, me suggère selon mes dernières recherches, mes derniers achats à qui/quoi donner… Bref, cela semble si facile d’acheter sa bonne conscience. Un peu trop facile vous ne trouvez pas ?

Le don « automatisé » est il encore du don ? Quelle est l’intention derrière cette façon standardisée de donner? Serait-ce un moyen génial de nous faire consommer notre « bonne conscience » et ainsi entretenir un énième marché juteux ? Dans quelle mesure notre DON est il voulu quand il est automatisé ? Dans quelle mesure notre don est il libre quand il est soumis aux algorithmes dont on sait l’importance et l’influence sur nos psychismes les plus profonds (j’ai fait une école de commerce)

Car ne l’oublions pas, derrière les belles façades et nos bonnes intentions, le don est, et peut-être a-t-il toujours été, un business avec ses actionnaires, ses actionneurs, ses acteurs et ses clients/bénéficiaires.

Même si chaque cultures, époques, religions, sociétés ont donné au mot don différentes définitions (*3 Don et contre don) chaque fois le DON est sous influences mais influence lui aussi l’époque/culture/religion en nourrissant un système de pensée, de consommation et au final de domination… Même si la définition du DON de 2021 n’est pas la même que celle des dames de bienfaisance de 1900 et qu’elle est encore plus éloigné du DON comme on l’entendait à la cour de François 1er la finalité reste la même : véhiculer un ordre moral et un pouvoir en « aidant » une population ou une personne dans un besoin très souvent du aux actions des donateurs ou à l’inaction des systèmes de gouvernance.

Le DON qui influence : je donne pour avoir

Pendant tout l’article gardons dans un petit coin de notre tête que le travailleur associatif est aussi une forme de donateur puisqu’il donne à ses bénéficiaires. Que la personne qui ramasse un déchet au sol est un donateur de son temps et de sa force physique à ses bénéficiaires, la société (et la voirie), et que même la personne qui apporte ses courses à sa voisine, qui donne 2€ à un « nécessiteux » ou qui simplement garde ses petits enfants sont elles aussi des donateurs en remplaçant par leur temps de vie ou une partie de leur salaires un service d’aide défaillant pour plusieurs raisons.

Mais nous allons nous concentrer sur les donateurs aux associations humanitaires et nous allons commencer par ce qui est souvent la première question que nous nous posons avant de faire un don à savoir :

Comment être sûre de donner à la bonne association ? A la bonne personne ? Réponse : Nous ne le SAURONS JAMAIS !

La réponse est super simple même si elle est super frustrante, en tout cas moi elle me frustre. Mais au fait si on revient à la base du DON qu’elle importance à cette réponse ? SI le DON c’est donner quelque chose à quelqu’un SANS RIEN ATTENDRE EN RETOUR, qu’est ce que ça peut nous faire de donner « à la bonne personne » ? (*1 &2 répartition, gestion et financement des associations)

L’humain avec un petit « h » n’a eu de cesse de « négocier » au fil des siècles la définition de ce mot DON. Et, qu’on le veuille ou non, nous donnons tous (ou presque) avec l’attente d’une contre-partie. Nous ne savons pas donner pour rien. Que ce soit des émotions, une bonne conscience, une bonne image, une réduction d’impôts ou que sais je encore, nous donnons et nous voulons quelque chose en retour, ne serais ce qu’un « MERCI TATIE » quand je donne un cadeau de noël à mon neveu.

On a nommé ça la politesse dans d’autres secteurs d’activités ils appellent ça un retour sur investissement. La suite logique est simple : nous voulons être Sûr, nous cherchons une forme de sécurité, nous voulons que notre investissement paye d’une façon ou d’une autre.

C’est ce qu’explique le concept de don, contre don développée par Laure Verdon. Dans ce don qui influence nous établissons un contrat entre un donateur et un bénéficiaire transformant ainsi un don qui se dit gratuit de X vers Y en un contrat économique entre un client (le donateur) qui exige un type de service et un entrepreneur (l’association) qui doit fournir le service (son action) correspondant au prix d’achat (le don).

Le donateur influence donc l’association qui pour fonctionner à besoin de la « générosité » et de l’approbation des « clients » / donateurs. Si on pousse l’observation l’association elle même va « donner » un service auprès de clients (les nécessiteux) qui sont capables de lui fournir les preuves de son action qu’elle (l’association) montrera à ses « actionnaires » (les donateurs) pour qu’ils la créditent. L’action de l’association peut alors être fortement déviée passant d’une action envers ceux qui en ont besoin à une action envers ceux qui en ont besoin d’après les critères des actionnaires / donateurs.

Ouais ça pue, ouais c’est moche mais hélas dans la plus part des cas c’est ce qui arrive et qui dévoie « les meilleures intentions » en « meilleures actions à mener pour pérenniser l’afflux de don ». Il y a donc dans cette logique des publics et des types d’actions socio-cul ou humanitaire qui sont « rentables » pour l’association et « juste » pour les actionnaires / donateurs et d’autres non, ou moins, ou pas assez.

Pour exemple c’est plus rentable de financer l’aide alimentaire ou la vaccination en afrique du sahel que de financer la ceinture verte qui fait reculer le désert et permet l’autonomie. Les deux fronts sont nécessaires pourtant l’impact de la ceinture verte est beaucoup plus pérenne et beaucoup moins onéreuse que le premier qui à des « bénéfices » moraux immédiat.

Le DON sous influence : les 3 raisons qui nous manipulent.

Je vais être un peu dure dans cette partie, mais je ne vise pas le jugement car je dis bien « nous » et pas « vous ». Chaque pièce à toujours 2 facettes. Je mets simplement en lumière la facette qu’on ne veut pas voir. Mais l’autre facette existe toujours.

En 2021, les 3 raisons principales qui motivent le choix de donner à une association humanitaire ou caritative plutôt qu’à une autre met bien en lumière que nos dons ne sont pas « gratuits ». Les indicateurs de réussites se multiplient et nous cherchons de plus en plus les « bonnes raisons » pour donner. Comme si nous voulions un tampon de validation disant « bonne action validé ».

Première raison de notre choix : La réussite et la notoriété apparente d’une association

En tête de liste, nous avons les performances de l’association : Le nombre de personnes touchées, d’actions menées. LA RÉUSSITE apparente et la notoriété seraient les gages de qualité d’une association. C’est pas bête et ça semble rationnel comme choix.

Mais lorsqu’on travaille avec le vivant, un chiffre peut il résumer toutes les actions quotidiennes menées sur le terrain ? Un nombre de follower ou X couvertures de magazine peuvent elles donner un reflet objectif de la conscience et de la qualité du travail des acteurs ? Je ne pense pas, mais ce n’est que mon avis. En tout cas de nos jours, les chiffres sur un papier et le nombre de like sont apparemment des gages de qualités. Pourtant d’après mon expérience, sur le terrain ce n’est vraiment pas le cas et c’est même parfois l’inverse.

D’ailleurs ces critères de performances, ceux de la fameuse réussite, qui les décide ? Pourquoi? Sont ils définit par une vision à long terme, à court terme, une rentabilité morale ? Une action est elle instagrammable ou médiatiquement (et pas journalistiquement) satisfaisante ? En fonction des like l’asso sera sur ou sous coté voir disparaitra dans l’oubli.

A quelles peurs et conditionnements la « réussite » d’une association humanitaire ou socio-culturelle est elle assujetti ?

Des associations avec « des très bons résultats annuels », et de très jolis budget, font d’énormes « cagades » ou dilapident un fric monumental pour un bénéfice pas nul mais très éphémère alors que la petite asso de quartier avec 1500€ de budget mensuel change les choses au quotidien et en profondeur (les asso de la Busserine à Marseille par exemple). Les deux sont sincères mais vous n’entendrez jamais parler de la seconde et pourtant.

Cette motivation de LA réussite, du bilan comptable humanitaire, si elle n’est pas à jeter reste tout de même à relativiser. Elle valorise l’aspect « achat de bonne conscience » à travers le don plutôt que l’efficience sur le terrain. Ca rassure l’actionnaire donateur, ça encourage le futur client à acheter l’image en brandissant un label « bonne action labellisée par la tévè » mais pas plus.

Seconde raison de soutenir une cause : L’émotion générée. Il faut « sauver Willy »

Les 3 causes les plus financées au monde sont l’aide et la protection de l’enfance, la lutte contre l’exclusion et la pauvreté et la recherche médicale. Ce son des causes tout à fait légitimes et sympathique mais on ne peut pas oublier la très grande partie d’émotion lié aux dons soutenant ces causes. Quelle cause nous touche / apitoie le plus ? Dans laquelle puis-je m’identifier ou trembler de peur en fonction de mon passé et de l’environnement social qui m’entoure ? Derrière nos « choix » il y a surtout nos conditionnements.

Il y a peu, j’ai vu un reportage sur le « Volontourisme » et comment cette grande cause qu’est « la protection de l’enfance » a généré des effets pervers à foison. Des milliers de faux orphelinats voient le jour à travers le monde avec des enfants achetés à leurs parents. Je vous conseille vraiment de voir ce reportage qui aborde beaucoup de sujets liés aux dons (argent, volontariat).

Petite bonne nouvelle personnelle, l’environnement qui était classé au 10° rang en 2018 est passé au 6° en 2020. Pourtant tous les humains et bons nombres de misères et de soucis sont directement liés aux fluctuations écologiques actuelles. Hélas on s’identifie plus facilement aux petits nenfants à gros ventre qu’à la foret qu’on arrache et aux cultures vivrières qui partent avec. Idem on peut plus facilement plaindre le gamin chauve en chimio que les plastiques qui flottent et qu’on bouffe (5gr par semaine) jusqu’à ce rendre malade. Sans parler des guerres pour les terres rares et ressources stratégiques qui poussent des cohortes d’humains aux frontières non pas d’un Eden mais d’un moins pire qui est, faudrait voir à pas l’oublier, à la base de leur malheur – Demandez vous pourquoi votre ordi, votre jean, vos pompes coutent si peu cher …

Troisième raison de choisir une asso : sa transparence & l’illusion de contrôle

Vous croyez vraiment que les associations sont transparentes ? Elles apprennent à mettre dans les cases ce que les donateurs attendent. Cela peut servir au plus mal intentionnées, et au contraire desservir les plus honnêtes. Et ça peut importe leur taille, petites ou grandes, elles jouent le jeu pour « gagner » ou juste pour survivre. Si vous saviez le travail qu’il faut déployer pour rentrer dans les petites cases standardisées qu’on nous demande !

Après 15 ans dans des asso humanitaire ou socio-culturelle j’ai passé plus de temps à chercher comment faire rentrer les asso dans des standards inappropriés et souvent incohérents plutôt que de bosser sur le terrain à effectuer la mission première de l’association. Je sais, les abus ont été nombreux. Mais arrêtons de croire que durcir la réglementation empêchera les arnaques ! Comme dans tous les domaines, la légifération profite à ceux qui ont les moyens. Ceux qui veulent tricher pour « gagner » plus y arriverons toujours par contre ceux qui veulent juste travailler et qui sont parfois laxistes, ceux là ne peuvent bientôt plus le faire.

Le besoin de transparence montre le manque de confiance grandissant entre les deux parties et le désir de rentabiliser l’investissement DON.

En 15 ans j’ai vu le fossé se creuser entre donateurs et acteurs. Il y a un réel problème de communication, d’information, que notre façon de donner et la façon que les associations ont de prendre continue de nourrir, même si ce n’est pas la seule cause. Vous trouverez en fin de l’article de études statistiques sur le don en France (*1&2). A vous d’explorer et d’en tirer vos conclusions.

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Ce qu’on ne veut pas vous dire sur le marché du DON

Tout  le système mis en place de la relation entre donateurs et associations est avant tout lié à nos émotions. Et ça, beaucoup l’on comprit et s’en serve pour faire tourner la machine dans le sens qui leur convient. Comme nous d’ailleurs qui donnons sans trop vouloir voir, savoir, tant que le bilan annuel rentre dans les cases de la bonne morale.

Les médias se sont emparés de cette relation émotionnelle et les conséquences en terme d’information sont plutôt catastrophiques. On joue sur l’apitoiement, le choc, la colère… Mais au final, derrière nos écrans, nous n’avons jamais accès aux réelles informations. Cela grandit les attentes fantasmées des donateurs et du public en général, et cela enferme les associations dans des obligations de résultats qui les éloignent souvent de leurs missions premières.

Comme c’est un sujet qui est complexe de par tous les facteurs qu’il croise, je vais essayer de faire simple. Je voudrais juste que vous compreniez que chaque partie prenante dans cette histoire de dons génère des attentes et que cela génère des comportements qui nuisent au terrain, à la communication, à la confiance et à la compréhension de ce que font réellement les associations.

Les associations ont peur de perdre leurs financements donc elles jouent le jeu qu’on leur demande. Les donateurs ont peur de se faire avoir donc ils jouent aussi le jeu des médias. La communication directe (avec une réelle écoute) entre le terrain et les donateurs est bien trop rare. Et cela se fait systématiquement au détriment de la cause que chacun souhaite défendre.

Ces infractions qui nous aident et qu’on vous cache

C’est bien ce que j’avais conclu de mes premières expériences d’humanitaire en Inde. On ne peut pas tout dire. Si vous savez tout, le conditionnement que vous avez reçu vous fera fuir car « cela ne devrait pas se passer comme ça ». Et comme toutes les associations gardent sous silence ce qu’on juge être inaudible pour vous, et bien personne ne sait, les contraintes de performances s’accumulent et l’intention première de l’action s’étiole peu à peu.

Et du coup, dès qu’une information inhabituelle fuite, on crit à l’infamie ! Ce n’est pas normal, ils ne devraient pas avoir le droit de faire cela ainsi. On ne devrait pas payer la corruption, on ne devrait pas mettre 11 enfants au lieu de 10 dans un bus, on ne devrait pas faire de fausse facture parce que les vrais sont inclassables dans un dossier compta, …

Petites ou grandes infractions elles existent et elles sont nombreuses et, la plus part du temps, ce sont elles, ces imperfections, qui nous permettent d’agir sur le terrain.

Mais l’opinion, les médias, les réseaux, vous, moi, on ne veut pas les entendre parce qu’on plaque « la perfection » dans une association humanitaire ou socio-cul. Alors ces exemples, je vous ferais un podcast promis, que tous les acteurs ont en masse dans leur musette et qui ne se disent pas dans « le milieu » sont pourtant bel et bien réels. Nous les taisons pour la simple et bonne raison que nous ne voulons pas semer le trouble dans l’esprit des actionnaires / donateurs.

C’est ici aussi que nous, les acteurs, les associations nous devons voir notre propre responsabilité. Nous sommes une roue de système gangrénée et nous l’entretenons par peur de perdre nos donateurs au profit d’autres asso / cause. C’est triste, pitoyable mais c’est à l’image de la surdité angélique de nos donateurs.

On a les asso qu’on mérite et les donateurs qu’on s’octroient.

Donner ou pas ? Et si le don ce faisait autrement ?

Donner ou ne pas donner ? Vaste question… et désolée je n’ai pas de réponse toute faîte et magique. Pendant un temps, je pensais que donner était une connerie et j’en reviens.. Donc à chacun de faire le bilan de ces 3 articles, à chacun d’y trouver de la cohérence, d’accepter le paradoxe que donner pour rien c’est presque impossible mais que l’on peut tout de même donner. Pour creuser nos intentions dans cette histoire du marché du don et des influences qu’on subit et qu’on exerce dans un geste qui, au départ, devait être gratuit je vous invite à lire cet article de Renaud sur la générosité pour que vous sachiez bien de quoi nous devrions parler à travers le concept de DON.

Mais au delà de nos négociations de conscience, les fossés se creusent entre toutes les parties prenantes, les donateurs, les acteurs et les bénéficiaires. Tout devient conditionné à des attentes, des résultats et chacun s’accroche à ses « indicateurs de réussites » pour sortir « gagnant » de son investissement.

On ne communique plus, on négocie, on marchande, on donne à l’autre ce qu’il veut plutôt que de faire et dire ce qui est nécessaire. Et plus le temps passe, plus cela devient la norme et moins chacun comprend la réalité de l’autre. Aucun ne dit clairement sa vérité, sa réalité. Nous jouons simplement le jeu du Marché.

Pour résumer, je n’accuse personne de donner pour telle ou telle motivation. Il faut bien commencer quelque part. Mais soyons conscients que nos dons n’en sont pas réellement. Ce sont des investissements. Ce n’est ni bien, ni mal, juste un point de départ nécessaire pour peut–être faire autrement…

Pour finir cet article, je vais partager les intentions que j’ai choisi aujourd’hui. Ce ne sont que des pistes d’explorations pour donner autrement. Je reste persuadée qu’une des clés est la communication, l’échange simple et parfois frontal entre tous les protagonistes (donateur / asso / public).

C’est un chemin vers la confiance au sens noble du terme, qui pourrait nous mener au don sans attente. A chacun de faire un pas de côté pour sortir de la mécanique du don/contre don. A chacun de choisir quelle voie il veut nourrir.

Une des bases pour changer le marché du don serait de revenir à du simple et d’arrêter de chercher des justifications pour donner à telle ou telle associations.

Le don sous influence de la simplicité ! Des pistes pour changer

ET SI le don nous permettait juste de dire MERCI ?

Une action simple pour un sentiment trop peu exprimé. On inverse la tendance où le « je » attend justement un merci quand il donne. Malin vous trouvez pas? On se met au final à la place du receveur et cela nous remet à notre juste place.

Il y a une multitude d’association qui s’occupent de garantir nos droits, nos libertés individuelle dans l’espace public physique ou virtuel pourquoi ne pas les aider ? C’est important la liberté non ? Idem pléthore d’asso. (la mozilla fondation ou Framasoft par exemple) mette leur travail gigantesque à disposition sans même un petit traçage publicitaire. Pourquoi ne pas les remercier pour ça ?


ET SI le don devenait LOCAL lui aussi ?

Regardons prés de chez nous, autour de nous et si l’envie de donner pointe le bout de son nez, et bien donnons ! Il y a une quantité d’associations, acteurs qui facilitent notre vie au quotidien sans même qu’on le sache, on peut leur dire merci et les soutenir.

Une action « généreuse » peut commencer en sortant de chez soi ! On passe des heures sur internet à chercher une association à qui donner à l’autre bout de la France ou du monde alors que la galère est la juste de l’autre coté de notre porte. Notre famille, nos amis, voisins, notre quartier, les besoins en vérité sont immenses ! C’est à la fois plus simple et pourtant beaucoup moins facile. Aidez directement son prochain ça fait mal, ça pue, ça nous coute vraiment en terme de confort … et de fantasme.

Tout le beau et l’absolu que l’on colle à l’humanitaire, dans le DON LOCAL on se le prend en pleine face. C’est ni super dramatique, ni extraordinaire, c’est terriblement banal et ça nous demande de voir ce qu’il se passe réellement autour de nous et d’accepter que c’est pas tout beau, tout joli.

Dans un geste de DON local nous ne sommes plus donateur (acheteur), nous devenons acteur. Les circuits courts du don !

Que ce soit des associations qui agissent pour l’environnement, la vie quotidienne, le service à la personne et même diffuser de l’information elles pullulent autour de nous et si on les aidait à vivre ? Mais même au delà, toutes ces associations qui s’occupent de tout ceux/ce que nous ne voulons pas voir et entendre et dont nous détournons la tête dans la rue ? Si nous les remercions simplement de faire ce que nous on fuit comme la peste ?


ET SI on favorisait les associations qui ont des couilles ?

Souvent, les associations les plus courageuses sont aussi les plus discrètes. Leur objectif, c’est leur action. Celles qui osent faire et/ou dire, pas pour briller, pas pour faire du bruit mais simplement parce que c’est ce qu’il y a à faire.

Celles qui osent dire ce qui dérange, pas pour créer le buzz ou la révolte, mais pour justement recréer cette communication honnête, créer des ponts, rétablir la confiance. Celles qui font malgré des barrières et des normes hallucinantes. Celles qui osent dire NON parce que ce n’est pas cohérent. Cela ne vous dira pas à qui donner mais je dirais que si une association vous donne des informations qui semblent la desservir, ou qui vous dit clairement ce qu’il se passe sur le terrain et aussi en interne, ni pour vous apitoyer, ni pour se faire mousser, il se peut que vous soyez face à une association plutôt honnête.

Oubliez les zolis power point, les visites dans un village pauvre et les chiffres flouent sans actions pragmatiques derrière.

Encore une fois, honnête ne veut pas dire parfait. Mais au moins, il y a du coeur dans ce qui est fait. Je vous conseille de regarder le film « hors norme » qui donne un bon exemple de tout ce que je vous raconte. Observez vos réactions en le regardant, cela vous en dira long sur votre « profil de donateur ».

Les causes oubliées ou laissées de côtés

Certaines causes sont « oubliées » parce que la contre partie qu’elles offrent n’est pas suffisante. Soit c’est directement notre morale qui intervient, soit nous ne voulons pas assumer dans notre cercle social le fait de donner pour ces causes. Pire, elles ne nous permettent pas de briller en « bonne » société.

Les personnes en détentions (L’envolée, Hors des murs), l’aide réelle aux travailleurs du sexe (TDS – Asso GRIDELIS ou Parapluie Rouge), les addictions… Ces « causes » qui sont moins glamour et portent encore de lourds jugements moraux. Observez bien, vous verrez plus facilement des campagnes de dons partagés par des particuliers sur les réseaux sociaux qui parlent d’enfants mourants de faim à l’autre bout de la planète, d’animaux abandonnés, d’environnement & co que des campagnes contre les violences subis par les TDS, pour la réinsertion de personnes en détention ou pour l’accompagnement de personnes souffrant d’addictions ou vivant dans la rue.

C’est les sujets que l’on fuit en général, des mondes que l’on ne veut pas voir. Ces espaces de la vie ou nous avons une réponse à priori, que l’on juge ou que nous sommes persuadés que « cela ne nous arrivera jamais ». On maintient un fantasme que ces « autres » ne sont pas « nous », que nous sommes différents. Mais alors pourquoi avons nous tant de mal à regarder en face toutes ces personnes? Ne fuyons nous pas le tueur, la pute, l’addicte et le marginal en Nous? A méditer.

Pas de projection = pas de don

Ma sélection d’associations

Pour terminer, vous trouverez le lien de certaines assos ou structures pour qui j’ai fait des dons parce que pour une raison ou une autre cela m’a paru pertinent. SVP partagez ici d’autres associations/projets qui vous parlent et dîtes nous pourquoi!

  • Le Shift Project: un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. Association loi 1901 reconnue d’intérêt général et guidée par l’exigence de la rigueur scientifique, notre mission est d’éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique en Europe.
  • Par et Pour : Témoignages de travailleurs.ses du sexe. Il y a d’autres comme l’association GRIDELIS ou LES PARAPLUIES ROUGES. Ce ne sont pas des associations contre la prostitution mais POUR aider les travailleurs du sexe à mieux vivre, à affronter la (in)justice et les agresseurs.es et si ces humains en ont envie les aider à sortir dignement de la prostitution volontaire.
  • Surfrider: Depuis plus de 25 ans protège, sauvegarde et met en valeur les océans et toute la population qui en jouit. Elle agit au quotidien pour lutter contre les atteintes à l’environnement littoral et à ses usagers.
  • Reporterre: une revue et des actions en empathie avec les mouvements écologiste, altermondialiste, et alternatif. Sa vision essaye d’être le plus impartiale et objective possible sur la situation présente de la planète est que la crise écologique en est le problème fondamental. Il entend aussi relayer toutes les initiatives qui montrent que les alternatives au système dominant sont possibles et réalistes.
  • Thinkerview: média d’information indépendant sur internet essayant de donner un accès massif à une information de qualité et varié très diffèrent de la plupart des think-tanks qui sont inféodés à des partis politiques ou des intérêts privés. Thinkerview se veut indépendante, pluri-disciplinaire et non neutre.

Pour conclure ces trois articles retenons simplement que notre façon de donner peut elle aussi devenir un outil pour sortir du monde binaire, de notre recherche de sécurité et pour arrêter de fuir ce qui nous dérange. Retenons que le DON sous influence est une évidence mais que cela ne nous empêche pas de DONNER, pour dire merci, pour soutenir, accompagner ou pour mettre sa toute petite pierre dans l’Eden qu’est la vie ici et maintenant.

Retenons que pour DONNER il suffit de vouloir et que les gestes les plus simples sont souvent les plus efficaces et ne coutent que votre temps et vos rêves du père noël.

En enlevant l’importance au fait de donner, nous aurons accès à une multitude de DONS qui peuvent changer des vies, comme écrire un article gracieusement sur le don (au bas mots 72 heures de ma vie). Petit à petit nous aurons peut-être accès au sentiment profond et totalement banal du don et la sérénité qui l’accompagne à savoir : JE SUIS VIVANTE – MERCI – PREND SOIN DE TOI.

Liens et articles autour du don sous influence

  1. Chiffre clés de la générosité. – France Générosité
  2. Les associations passées au crible – datawrapper
  3. Don et contre don Lucien Faggion Laure Verdon
  4. La neutralité carbonne: drôle de bonne idée ou belle escroquerie? de jean-Marc Jancovici. Cet article aborde une autre forme de contre-partie que l’on cherche avec notre façon de donner et nous en montre les limites.
  5. Survivre au système éducatif, hackers et crapauds fous – Interview de Thanh Nghiem, ingénieure sur thinkerview.
  6. Le « Volontourisme » Quand le volontariat humanitaire devient le business de la honte | Temps Présent

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Cet article a 2 commentaires

  1. Charlie

    Et ben pinaise, merci pour cette excellente série d’articles sur le don !

    Et oui, clairement, le don est un marché, soumis donc aux mêmes lois du marché, qi influencent et les donateurs (faire le meilleur investissement), et les acteurs (petit à petit, perte de l’objectif, remplacé par le fait de plaire à ses donateurs/actionnaires).

    Petit témoignage perso, pour souligner ton propos :

    Je fais depuis quelques années un podcast consacré à la littérature érotique, pour lequel je ne suis pas rémunérée.

    Don ?
    Mouahaha, absolument pas ! Au départ, c’était pour ma gueule, car j’étais en manque de jouer (ex comédienne, je me sèvre, surtout de la recherche de bravo et d’approbation).

    – D’une, ça m’a donné l’occasion d’à nouveau interpréter, quel kiff !

    – De deux, ça me donnait une respectabilité ! Ben oui, vous comprenez, lectrice érotique, c’est bien plus clase que pute virtuelle quand même, même si au final, y a beaucoup de gens qui se paluchent sur mes lectures

    – De trois, c’est une source inépuisable d’autosatisfaction et de récolte de bravos, tu lis merveilleusement bien !

    Mais, notre esprit est retors, et je me suis fait croire que c’était par pur altruisme et générosité, et que j’oeuvrais pour le bien de la littérature érotique !
    Si c’était le cas, je ne l’aurais pas mauvaise quand un auteur ou une maison d’édition mis en valeur ne me fait aucun retour.

    Donc, déjà, oui, c’est intéressé, voir les raisons ci dessus, et pourtant ca me coûte en temps et en temps ! Et un peu d’investissement de matos aussi. C’est pour ma gueule, et pourtant, c’est aussi pour le rayonnement de la littérature érotique, ça permet aussi d’ouvrir des imaginaires érotiques, etc…

    O miracle, les deux peuvent coexister ! Et ce n’est pas graaave !
    Si je me dis : oh mon dieu, c’est purement égocentrique, c’est mal, du coup j’arrête, c’est débile car le podcast n’existe plus. Et si je me mens, c’est tout aussi stupide. Donc, comme tu le dis, soyons juste honnête, et ne nous servons pas de la quasi inexistance du don véritable comme d’une excuse pour ne plus rien faire/donner.

    Et puis, j’ai créé un patreon, système de mécénat style tipee, pour permettre aux gens de soutenir le podcast financièrement. Ben oui, le temps, c’est de l’argent, et vu le temps que ça prend, je suis pas contre quelques pépettes.

    Quand tu crées un patreon, tu peux choisir des récompenses en fonction du montant que les gens mettent par mois. Sagement, sans réfléchir du tout, j’ai créé des paliers. Et à partir de tel montant, j’ai promis l’accès à des podcasts exclusifs. Ce qui m’a rajouté de la pression, et du taff !
    De la pression parce que putain, je dois à mes mécènes une récompense, un résultat !

    Il y a quelques temps, un autre podcast a présenté le mien en indiquant que via mon patreon, on pouvait acheter des podcasts exclusifs. Et en entendant ça, j’ai capté que quelque chose était biaisé et ne fonctionnait pas.

    – D’une, je me suis retrouvée à « devoir » enregistrer des podcasts supplémentaires, avec pour seule motivation le fait que je le devais aux gens qui me soutenaient ! C’est con quand même !
    – Et de deux, le message de mon patreon était pas clair puisque les gens ne donnaient pas pour remercier/soutenir mon podcats intial, déjà gratuit, mais pour acheter des récompenses. En plus, quand bien même les gens auraient juste donné pour remercier ou soutenir, dans ma logique, je leur devais quelque chose en échange.

    Car on n’en parle pas, mais c’est pas simple, en tout cas pour moi, d’accepter un don. Un vrai don. Un cadeau en échange de rien. Ni de son cul, ni de son attention, ni d’un merci, ni d’un résultat. Juste un cadeau. Un truc gratuit.

    Du coup, j’ai supprimé tous les paliers, toutes les récompenses. Les gens qui donnent, donnent parce qu’ils ont envie de le faire, envie de dire merci.

    Et moi, je travaille à accepter les cadeaux. Et croyez moi, c’est pas gagné !

    C’est d’ailleurs peut-être une autre piste, sur le don.
    De l’imaginer possible pour soi. Parce que si soi même on est incapable d’imaginer recevoir sans rien devoir en échange, comment le don peut il exister ?

  2. Rahantanplan

    Excellent! et ouais voir le don dans tout ce qu on fait ca elargit le sujet et ca fait du bien ^^

    et pour la question de fin je plussois parce que recevoir c est souvent plus difficile que donner. D’ailleurs merci pour ton merci.. j avoue t aurais pas écrit ça à la fin, je l aurais esquivé (trop chelou un compliment!)

    Il y a un lien avec la generosité, ca nous coute. Donner gratuitement, ca nous coute. Et recevoir? ca nous coute parce que ca nous demande d accepter ce cadeau impermanent, le recevoir sans le garder comme golum avec son precieux.
    C est aussi recevoir le cadeau tel quel en mettant ceux qu on a fantasmé à la poubelle.
    Et des fois un cadeau, c est juste un cadeau, y a pas de prix à payer, y a pas de pomme empoisonnée..

    En tout cas se pencher sur recevoir pour apprendre à donner et vis versa, t as bien raison, ca va de pair. Merci!

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