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Haaa voilà un sujet plein d’espoir, plein d’entrain, appelant des nuages de fleurs de lotus et des pétales de roses sur un parterre de marguerites tout enduit d’encens et de myrrhe. Oui ben non ! La générosité, comme beaucoup d’idées et de concepts, à la base c’est cool mais voilà, en général dès que les personnes et la peur qui les accompagne récupèrent la sauce, ça devient un peu merdoyeux. Allez, un article léger et facile pour approfondir et nettoyer un concept cool mais pas que.

La générosité au quotidien

Si on laisse juste laisser traîner ses oreilles ou un peu vagabonder son esprit, la plupart d’entre nous mettent la générosité dans la catégorie des qualités. J’en connais bien peu qui sont super fiers d’être radin et égoïste. Pourtant, curieusement, je ne rencontre que très peu de personnes généreuses. Tut tut tut Renaud, tu rigoles (faut le dire avec la voie de Cyril Lignac), regarde y a plein de gens généreux autour de toi. Y a plein de gens qui donnent aux asso. caritatives. Quand y a un séisme à pétaouchnok, pof une flopée de dons. « moi même je n’hésite pas à prodiguer gracieusement conseils et mises en garde à … »

Oui mais voilà, tout ça en fait est au mieux de la générosité timide, et dans la plupart des cas un truc qui n’a strictement rien à voir avec la générosité profonde. Alors comment expliquer l’aura positive que porte le terme générosité et la raréfaction au quotidien des gens généreux ?

Et d’abord c’est quoi la générosité ? La générosité est-elle de la faiblesse, voire de la stupidité, vous savez le fameux « trop bon trop con » ? La bienveillance fait-elle partie de la générosité ?

Comme d’habitude on prend un terme évident et on va un peu creuser pour mettre en avant des nuances et peut-être voir que, sous couvert de générosité, se cachent bien d’autres choses plus ou moins glorieuses.

Générosité, bienveillance, altruisme & business plan

Générosité : Du latin generositas « bonté de la race, en parlant des animaux ». Au Moyen-Age la générosité prend le sens de noblesse morale, et d’une qualité qui élève l’homme au-dessus de lui-même. C’est seulement au XVII ème siècle, à la Renaissance que le terme de générosité prend son aspect matériel avec la disposition à donner plus qu’on n’est tenu de le faire.

Bienveillance : du latin benivolence,  vouloir le bien. Au moyen-Age c’est la disposition favorable envers quelqu’un. Plus tard à la Renaissance, le mot bienveillant.ce intègre une notion de hiérarchie : la  disposition favorable d’un supérieur envers un inférieur.

Altruisme : c’est un mot tout jeune. Il semblerait voir le jour sous la plume d’Auguste Comte vers 1830 et rassemblerait les penchants bienveillants de l’individu.

Je ne vais pas vous mettre l’étymologie de business plan, vous êtes comme moi né dans une société individualiste et consumériste, je suppose que vous voyez de quoi je veux parler. Bon trêve de petite pique et de dictionnaire, examinons les nuances entre Générosité et Bienveillance, on reparlera du Business plan après.

Générosité & Bienveillance

De mon point de vue la Générosité a une part beaucoup plus active que la Bienveillance. Dans sa racine même est inclus une forme de don, d’offrande. La Générosité permet une élévation de l’Humain au dessus de son « je », au delà de ses routines du quotidien. Dans son aspect le plus matériel le don est carrément matériel. Après le don de l’âme, elle demande la mise en demeure des pulsions instinctives. Faire /donner plus que ce qu’on est tenu de faire.

Au passage ce terme instinct devrait être un jour clairement explicité et nous devrions tous relire et surtout comprendre les livres de sociologie de base traitant de l’éducation et du conditionnement.

La Bienveillance, elle, se suffit de non action. Avoir une disposition favorable envers quelqu’un n’implique nullement de l’aider ou d’agir pour lui. En somme vouloir le bien d’une personne n’est pas agir pour ce bien. Je veux être riche pourtant je ne fournis aucun effort pour gagner plus et encore moins d’effort pour dépenser moins.

L’effort, le coût, est au coeur de la différence entre Bienveillance et Générosité. La bienveillance ne coûte rien car n’est pas forcément agissante, la Générosité, elle, demande, réclame un effort. Que celui ci soit moral, énergétique ou matériel.

Sur la Bienveillance je vous laisse méditer sur la chimère que sont les termes « Bien / Mal » et « supérieur envers inférieur ». D’ailleurs si certains d’entre vous croient encore à cette notion d’échelle de valeur, ils devraient relire la fable de La Fontaine « Le Lion et le Rat ».

Une petite anecdote personnelle

Oui j’aime bien parler de ma vie, ça me permet de m’en débarrasser en la donnant à manger à tous. Ce n’est donc pas de la générosité au passage.

J’avais un ami (mais il est parti, un sens à ma vie … Téléphone) qui gagnait, et j’espère pour lui gagne toujours, très très bien sa vie. Il était amoureux de très bon vin et comme il en avait la possibilité, il s’est fait creuser une superbe cave et l’a remplit de belles bouteilles et de somptueux flacons. Cet homme m’a permis de découvrir quelques domaines superbes et de boire des bouteilles que non seulement j’aurais du mal à m’offrir mais dont le simple prix, pour boire un vin aussi excellent fut il, m’est rédhibitoire.

Cet homme, fortuné, amoureux des vins, était hélas seul dans sa famille à partager cette passion. A chaque visite chez lui il n’hésitait pas à déboucher une bouteille et à m’en offrir une pour que je la déguste avec ma compagne. Pas d’affolement, il me filait pas de Château Petrus 1945 quand même, mais un petit Morgon c’est toujours sympa. Je trouvais cette homme très généreux et d’une rare bienveillance. J’en fis alors part à une autre amie, de tendance acariâtre mais lucide.

Un point de vue sur cette « générosité ».

« Renaud, la générosité ce n’est pas donner ce qui lui fait ou te fait plaisir mais plutôt ce qui est nécessaire, même si ça nous coûte. Des bouteilles de vin, il en a une pleine cave. Qui plus est, en te donnant une bouteille, toi qui est pauvre comme Job et gourmand comme un cochon, il ne fait que t’inciter à revenir et donc à lui faire plaisir au final. »

Mais heuuuu ! Je rétorquais bien sûr qu’il n’était pas obligé, que je ne lui avais rien demandé et toute la suite que vous êtes vous même en train d’imaginer.

Trois mois plus tard et après quelques bouteilles bues chez lui, je me retrouvais grave à la dèche comme on dit. Je lui demandais donc de me prêter 200 francs pour finir le mois. « Ha oui mais non tu comprend, ce n’est pas possible… » suivi d’une foule d’arguments sur l’assistanat et compagnie.

Pour faire passer la pilule il m’invite à manger, et entre le foie gras, les cailles à la broche et le bordeaux Graves que nous avons bu il y avait quasiment 200 francs …. Bouffé en un repas alors qu’à l’époque je mangeais du riz aux petits pois, c’est hyper bon et ça coûte rien, 5 jours par semaine.

Cet homme était bienveillant sûrement, la générosité eut été soit de me donner ou de m’aider à trouver une solution pour finir le mois… Bon j’ai survécu, rassurez vous, et je ne lui en ai jamais voulu, j’ai juste ce jour là compris la différence entre être sympa, convivial, bienveillant et être généreux.

Générosité et sacrifice

Ouais mais quand tu es trop bon, ben t’es trop con ! Souvent on confond générosité et faiblesse, voire même assistanat. Alors pour parler crûment il semblerait que quand on fait preuve de générosité, on se fasse enculer.

Question : le fait de vous comporter comme un ignoble salopard / salope ne vous immunise en rien de la sodomie malveillante, n’est-ce pas ?

Oui mais au moins nous aussi on peut enculer ! Na ! Ben oui, du coup vous pouvez enculer des gens gentils ou des personnes généreuses et aussi des égocentriques inassumés comme vous ?

En fait, en étant un enculé qui ne pense qu’à sa gueule, vous enculez un peu tout ce qui bouge et grossissez le rang des gens qui vont vous enculer si par mégarde vous tombez dans le travers du « trop bon trop con ».

Là je sens bien que ça fume dans votre tête. Pour faire simple : par peur de vous faire avoir, vous allez grossir le volume de gens qui essayent de vous avoir. Donc vous vous enculez vous même…. A ce sujet je vous ferais remarquer que pas mal de personnes apprécient la pratique du sexe anal et que ce n’est donc pas forcément synonyme de désagréable.

La générosité n’est pas de l’abnégation ni même du sacrifice !

Le but n’est pas de donner plus que ce qu’on a ou qu’on peut donner. J’ai pratiqué à une lointaine époque ce genre de truc, c’est complètement stupide et ça n’aide personne. Ca cache juste en général une détestation de soi même, ou au mieux une honte profonde de son propre bonheur. Quand on gagne 100, donner 100 voire 110 c’est juste vouloir aller droit dans le mur.

Par contre donner 20 quand par réflexe on donnerait 15, ça c’est du petit effort qui permet de s’élever au dessus de ce qu’on est. Ou bien encore conseiller et aider, au risque de dire ou faire une connerie ou de déplaire au lieu de se taire, c’est aussi de la générosité du quotidien facilement applicable ! …

Générosité : une qualité qui élève l’homme au-dessus de lui-même.

Hélas pour la plupart d’entre nous l’effort serait déjà de simplement donner au lieu d’ignorer, parler au lieu de se taire et juger dans les petits recoins sordides de nos morales dogmatiques et veules (jolie phrase je trouve au passage).

L’argumentation du type : Je ne peux pas aider tout le monde … donc je n’aide personne. Ou les phrases pratiques du type : « t’inquiètes, y sont pas malheureux » devraient être filmées et régurgitées dans la tronche de ces mêmes personnes quand elles demandent un peu de générosité … Hélas nos névroses égoïstes et mesquines ont déjà la réponse idoine : « oui mais moi c’est pas pareil ».

La générosité du Soi, la névrose du Je.

Le sacrifié, celui qui veut s’illusionner en se prenant pour un saint, se fait un devoir d’aider tout le monde. Ce con là va même jusqu’à chercher des gens à aider et pour lesquels il peut se sacrifier. C’est le complexe du Sauveur. Une névrose hélas trop répandue qui engendre ou amplifie l’existence de la névrose du Bourreau et de celle de la Victime. Il est d’ailleurs troublant de constater à quel point ces trois névroses peuvent facilement coexister dans une même entité … On en reparlera.

L’humain simplement généreux donne à celui qui s’adresse à lui.  Il ne va pas fermer ses yeux, ses mains, sa porte ou son coeur sous prétexte de … La générosité demande de la lucidité, un effort et de l’honnêteté envers soi même avant tout. L’humain généreux ne cherche pas le malheur comme le sauveur, il essaye juste de donner le meilleur de lui même à ce moment précis. Il essaye, et n’est pas tenu de réussir, d’être impeccable et sûrement pas d’être parfait. La perfection se tient dans mon froc !

Remarque : Je parle beaucoup de générosité matérielle mais c’est exactement la même chose pour des biens plus abstraits. Notre temps, notre affection, nos connaissances ou notre savoir faire sont des biens de valeur. Parfois ils sont bien plus utiles qu’une liasse de billets.

generosite et don

Quand on est heureux, on est généreux

C’est une phrase que j’aime beaucoup et qu’utilise un curé juste avant de faire la quête. Je crois qu’elle résume très bien ce qui nous empêche profondément tous d’être généreux, c’est notre difficulté à accéder au bonheur. Nous avons tous une quantité fantastique de raisons pour ne pas être heureux. Chacun des 7 milliards d’individus sur Terre peut exprimer de solides arguments pour dire que Lui, il est malheureux …

De mon point de vue, je crois que le seul artisan de notre malheur, au final, c’est juste nous mêmes. C’est ce savant mélange de jugement sur autrui et sur nous, d’avidité, de culpabilité d’avoir et d’être que nous allongeons d’une énorme rasade de stupidité. Ce cocktail a un nom tout doux, Trouille ! C’est même pas de la Peur, juste une médiocrité proche de l’incommensurable. Une telle volonté à rester médiocre tout en s’en défendant, c’est à la limite du fantastique.

Etre heureux diminue la peur, quand la peur diminue on peut donner ce qui nous est important.

Il suffirait d’un petit effort de présence au quotidien, un petit effort sur les habitudes que nous avons prises depuis tout petit pour que tout cela change en profondeur.

Devenir généreux implique un choix et un effort

Si chaque matin, à chaque moment de votre journée, quand quelque chose essaye de vous envahir, vous suggérant de « rester petit », vous arrivez à fournir cet effort réellement gigantesque de vous rappelez que vous êtes vivant. Simplement vivant ! Que la magie d’une oreille qui entend et d’une voix qui s’exprime est déjà quelque chose de fabuleux. Si nous arrivions à déplacer notre attention et notre énergie sur l’Être au lieu de le focaliser sur l’avoir.

La générosité implique un choix dans sa façon d’être et de voir le monde, son monde. Elle implique confiance, détermination, ouverture, honnêteté, et plus que tout elle nous oblige à accepter cette vieille merde qui sommeille en nous tous : vouloir être l’unique, celui tout en haut de la chaîne alimentaire, en somme vouloir être dIEU pour enfin ne plus avoir peur de TOUT …

Je n’ai pas le temps de faire une thèse ni même un livre dessus mais je crois que les pistes pour voir la Générosité autrement sont là. Votre part du travail est maintenant d’observer et plus que tout d’agir au quotidien. Pour finir de vous convaincre de notre grande nullité et de notre manque complet de générosité, écoutez cette émission sur les bonobos et la compassion

POST MORTEM

Pour ceux qui me croient généreux quand je passe des heures avec eux au téléphone ou en rendez vous, je vais m’auto immoler sur le bûcher de la vénération et faire rager mon amie Laurence, qui essaye tant bien que mal de m’enseigner l’art de l’auto promotion.

Je ne suis pas généreux quand je pratique, je me fais du bien ! Chaque fois que je vous conseille, que je vous accompagne vers un peu plus de bien être physique, mental ou émotionnel, c’est la recherche de mon propre bien être que je cherche. Chaque soin, article, m’oblige à me verticaliser et à me recentrer.

Idem quand je fais un cadeau, si vous saviez à quel point je me fous éperdument que vous aimiez mon cadeau. Chacune des interactions avec l’autre ne me demande aucun effort, bien au contraire c’est immédiatement une source de Joie puisque je sais qu’elle va me permettre de « grandir » et de me rapprocher de l’Humain en moi, en m’éloignant de la personne en moi.

Ce que j’aime c’est faire le cadeau, c’est donner. Pour diverses raisons que vous comprendrez si vous avez accès au concept des chakras cuirassiques (Thème principal de la Nouvelle Lune du 22 Octobre 2017), j’exprime mon Amour par le don. Si je ne donne pas d’énergie, de vitalité, quelque chose en moi se rabougrit et me consume. Comme ce n’est pas la sensation la plus fun du monde … Je donne à foison.

Là où je suis généreux, parce que ça me coûte, c’est quand je vous ouvre ma porte, quand je vous permet de dormir chez moi. En vieil ours paranoïaque, empathique et asocial que je suis, passer plus de 6 heures avec quelqu’un, aussi sympa soit-il, est proche de la torture. C’est quand je monte à Paris, quand je vais à un anniversaire ou toute manifestation « touristique » et inutile que je pratique le sur effort et que je lutte vraiment contre le petit homme en moi.

Et vous, qu’est-ce qui vous coûte le plus ? Où se situe votre générosité, la véritable, celle qui vous fait grandir ?

 

Naturopathe, Psychothérapeute et Pratiquant de différentes techniques énergétiques depuis plus de 20 ans.
J’anime des conférences / rencontres en essayant d’amener chaque fois un autre regard, une autre manière d’être et de vivre le monde qui nous entoure.
Loin du Mysticisme et du Rationalisme il existe une troisième voie, celle du sourire et de l’harmonie. Un Pragmatisme abstrait pour aimer notre propre paradoxe.

La générosité, une bienveillance active au quotidien

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