• Post last modified:18 juin 2021
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La violence n’a pas bonne presse en ce moment. La violence, les paroles véhémentes, les gens qui crient, qui mettent des baffes, les rustres et autres “francs parleurs” trouvent dans le monde actuel une opposition quasiment généralisé contre eux. Alors que les stages de communication non violente ce multiplie et que les bons sentiments s’étalent sur la voix publique comme de la culture sur une tartine, celui qui a le malheur de “péter” à table ou de dire et écrire “va te faire …” est irrémédiablement traité de Cro-Magnon, de ***phobe ou de dangereux psychopathe ne sachant pas se tenir. Pervers narcissique étant passé de mode on y échappe un peu.

Depuis quelques années c’est un consensus global qui voit le jour contre les bancs publics et la violence. Les comportements volcaniques, les boucheries avec ou sans os et tout ce que la mode / norme actuelle définit comme violent – mal ou dangereux est à éradiquer si on veut être quelqu’un de bien et de fréquentable. Notre société en a-t-elle fini avec la violence ? Vivons nous dans un monde de candeur et de douceur extrême ? J’ai mon avis sur la question mais je n’ai pas envie de vous influencer.

Plutôt qu’une analyse sur la nécessité d’exprimer la violence intrinsèque au fait d’être un animal vivant, plutôt qu’apprendre à ravaler, ce que les gestionnaires de stage et les politiquement corrects appellent “gérer”, votre violence je vais vous raconter une histoire pas drôle qui, je l’espère, va donner un peu de perspective à vos préjugés et votre croyance que violence est méchanceté.

NOTA : je ne fais en aucun cas l’éloge de la violence pour la violence, ni des comportements utilisant la violence physique, verbale, émotionnelle ou énergétique pour exprimer leur désir de dominer ou une malveillance inné ou acquise de certain.e.s. Si vous croyez le contraire… relisez la célèbre phrase du Professeur Choron

Cet article n’a pas encore, sic, subi la normalisation orthographique. Mille pardon aux grammairiens sensibles

Le jardin enchanté, la violence pour stopper

Il était une fois un petit coin de verdure qui résistait encore et toujours à l’envahisseur Grincheux. Ce jardin enchanté sans eau ni électricité et ou ne régnait que fraternité, conscience, bon vin, grillades et excentricité eu l’idée saugrenue de recevoir des “estrangers” d’à coté. Oh c’était pas des méchants ni même des vils ou des mécréants, juste des braves gens, certains étaient des militants du “progrès social”, d’autre des marcheurs pénitents. Tous étaient, de l’avis des autres gens de la terrasse, des “belles personnes”.

Les belles personnes de la terrasse s’installèrent gentiment. En gens bien élevés ils croyaient qu’une tenue correcte était exigée du coup il tenait un peu leur énergie. La braise rougissante, le soleil de cette mi-juin et le vin rosé aidant, les belles personnes de la terrasse ont commencé à prendre leurs aises. Attention, ils sont bien élevés, ils ne faisaient pas de faux pas, respectaient les convenances et n’évoquaient jamais les sujets tabous, de ceux qu’on ne doit pas évoquer sur la terrasse.

Mais petit à petit on commençait, dans l’ombre, à affuter les piques. Des compliments pleuvaient comme la mousson, des “mais c’est merveilleux” s’affichaient sur leurs visages, tout allait dans “le bon sens” et les cuirasses, les comportements récurrents reprenaient, subtilement, la place qu’ils occupaient dans leurs vies.

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Le petit peuple du jardin enchanté, Pollux, Margotte, Zébulon, Azalée et père Pivoine, laissait filer les énergies, ils voulaient rire et communier, partager leurs années d’efforts et de sacrifice avec des belles personnes de la terrasse d’à coté. Tous sentaient bien qu’on ne pouvait pas parler de tout comme ils le faisaient entre jardinier mais c’était pas grave, il fallait s’y résigner. Le petit peuple du jardin arboré laissait pisser.

Pollux s’éloignait, Margotte allait trop longtemps chercher à boire ou à manger, Zébulon faisait écran aux plus faibles pour pas qu’ils se fassent défoncer. Certains même, les plus aptes à Traquer, faisaient semblant de communiquer. Mais hélas, du coté des jardiniers les habitudes aussi sont dures à déraciner. Au bout d’un moment ils ont oublié que c’était des belles personnes de la terrasse, ils ont parlé.

La liberté d’expression sous contraintes

Ils ont commencé à parler d’énergie, cool c’était entendu à défaut d’être compris. Margotte a parlé d’une autre conception de la vie avec la nature, la c’était encore mieux, il y a eu quasi unanimité, même si les belles personnes faisaient l’inverse chez eux, ils acceptaient que dans l’idéal on puisse faire autrement, et puis c’était “de sacré rigolo” ces petits jardiniers donc on pouvait passer l’éponge sur ces cas particuliers.

Bon d’accord il fallait faire attention quand on parlait des femmes, de la société, des méssants patrons, des gentils zouvriers, des bons zécolos, le petit peuple du jardin enchanté essayait de ne pas oublier que pour les gens de la terrasse il y avait le bien et le mal, les victimes et les bourreaux. Mais, l’un dans l’autre, une hypocrisie joyeuse régnait et toute violence visible était vite écartée.

La ou tout à basculer c’est quand le petit peuple a parlé de sexualité. La sexualité c’est compliqué il parait, enfin pour les gens de la terrasse ça à l’air super compliqué ! Le hic c’est que pour les petits jardiniers c’est assez simple d’aborder ce sujet, y en a même une qui est un peu plus déluré et qui en a fait son métier. Et ça c’est pas passé ! Les gens de la terrasse ils étaient partagés, attention hein, rien de visible, rien de trop marqué, juste des crispations de bouches, des mains arrachant l’herbe, des regards apeurés et d’autres fascinés.

Le rosé, les grillades et la chaleur de Juin aidant, les énergies et les habitudes du monde de la terrasse ont commencé à prendre le pas sur l’ambiance forestière. Rassurez vous ami.e.s non-violent, rien de bien méchant, juste du laisser aller et des alliances invisibles entre gens de la terrasse qui pourtant ne peuvent pas se blairer. Pour vous dire à quel point la tension montait en version feutrée le facteur déclencheur fut une succulente tarte au citron (les connaisseurs des 4 termes de la cuirasse comprendront).

Ne pas éclater, fuir ou vous anéantir

C’était la déluré qui l’avait faite, les plaisirs CULinaire, ça la connait. La tarte à malencontreusement glissé, salope de tarte, les mains des gens de la terrasse ce sont affairés pour réparer cette indignité et l’ont massacré. Dans leur élan à réparer leur manque de Présence ils “pastoullaient” la tarte comme des mains vicelardes s’affairant sur un corps dénudé. ÇA écrasait, ÇA broyait, ÇA voulait réparer mais ÇA ne faisait qu’aggraver la situation.

Alors la grosse voix du Père Pivoine c’est enfin fait entendre : “Oh bordel ça suffit les conneries ! Vous arrêtez maintenant ! Y a qu’à mettre un doigt dessous pour tout équilibrer !” SACRILÈGE ! De la violence !

Il avait osé prononcer un mot plus haut que les autres ! Misérable chien tu vas payer l’outrecuidance d’avoir tempêté ! Il les avait grondé, il avait, encore une fois stoppé la non présence de la terrasse désinvolte ! Il allait payer ! Le père Pivoine plutôt que distribuer des baffes et mettre les belles personnes de la terrasse dehors a préféré s’éloigner. ÇA a un peu dit des choses, ÇA a un peu fait semblant, ÇA n’a pas osé se lâcher, ils savait que la machine à baffe était pas loin de s’emballer.

Les belles personnes de la terrasse sont repartis quelques temps après, tout content et tout revanchard. Ils ralaient un peu parce que ce n’était pas l’heure qu’ils avaient prévu et qu’il allait faire chaud sur la route. M’enfin ils ont remercié le petit peuple du jardin moins enchanté “ça fait plaisir d’être venu, vous êtes quand même une sacré bande de rigolo”. Oui nous aussi ont vous souhaite bonne route.

La violence de la forme et celle dans le fond ?

Alors sans doute vous direz vous qu’un éclat de voix pour une tarte au citron écrabouillée c’est un peu disproportionné. Mais comme souvent l’action visible n’est pas le problème mais juste un support. Je sais bien que le peuple de la terrasse ne s’occupe que des apparences et à tellement peur de l’abstrait qu’il le nie dés que celui ci n’est pas sur un canapé freud sexy ou lacano septique. Pourtant dans cette histoire dominicale et bucolique la “Voie” n’a pas grondé pour la tarte mais pour l’absence de Présence, l’absence de conscience et ce qui se tramait en dessous.

Quelque part loin dans l’ombre, les belles personnes de la terrasse et leur grincheux zamis tissaient des toiles infâmes pour engluer les petits jardiniers dans du fumier dont peu de rose éclosent. Les petits jardiniers ne sont que des petits humains qui ont encore tellement de choses à apprendre. L’éclat de “voie” inattendue, la violence du propos, la véhémence n’ont servi qu’a effrayer les grincheux qui habitent dans les gens de la terrasse et à stopper ce qui ce mettait en place dans le moins visible: le ratatinage d’espoir, la censure morale et la normalisation des vi(c)es.

Mais vous avez raison chers ami.e.s de la terrasse, la forme était violente. Il aurait mieux valu simplement que le petit peuple du jardin enchanté, Pollux, Margotte, Zébulon, Azalée et le père Pivoine, se lève et aillent voir un peu plus bas si l’herbe poussait dru, ça aurait eu tellement plus de panache. On a encore beaucoup de chose à apprendre, tournicotons !

La ptite dame qui vends des fleurs, la violence des gens de la terrasse

Le fourgon venait de s’arrêter, à bord Azalée et le père Pivoine débattaient en essayant d’écarter loin de leur chemin la volonté de dominer et la peur d’aimer. Les portes grandes ouvertes ils étaient garés au bord d’une terrasse pleine de brave gens. ÇA parlait, ÇA riait, ÇA buvait, ÇA vivait sa vie de manière insouciante, en se tournant le dos les uns les autres et en tournant le dos à la vie, qu’ils appellent ennuie, en tournant le dos à demain qu’ils ont tissés de nuit. ÇA buvait, ÇA bouffait, ÇA s’émoustillait, une terrasse en été !

Azalée se débattait, la peur d’aimer et la volonté d’être normale, comme les gens de la terrasse s’entend, son des chevaux de bataille qu’elle affectionne particulièrement. Père Pivoine argumentait mais quelque chose de plus fort que lui bloquait Azalée dans la médiocrité. Elle aurait tellement aimé être comme les gens de la terrasse, insouciant, rieuse, consumériste et consommatrice. La lumière vint d’une toute petite dame qui vendait des fleurs fanés.

Une des ces pauvres âmes qui dorment dehors devant les résidences secondaires. Toute petite, épaisse comme une feuille de cigarette à rouler, elle tire son caddy rempli de ses “trésors” en vendant des fleurs coupés dans les jardins de la municipalité. Deux euros la fleur, et oui la fraternité et la solidarité c’est pas donné ! Il faisait chaud ce lundi de Juin, les gens de la terrasse n’ont pas calculé la petite dame qui vendait des fleurs de solidarité, doucement, tristement, elle empoignait sa maison à roulette et commençait à se fondre dans la maigre ombre du soleil d’été, une ombre ou elle vivait depuis tant d’année que même sous le soleil de midi elle savait comment se diluer.

Père Pivoine demanda à Azallée de courir lui acheter 2 fleurs d’amitiés. 4 euros, deux demi bien frais, un sandwich à Noailles, un repas pour cette fin de journée. La petite dame qui vendait des fleurs s’excusait, toute ces fleurs étaient fanées, “c’est l’été vous comprenez, du coup les gens ne veulent pas en acheter”. Azalée revint deux astéracées jaune soleil à la main. Les gens de la terrasse n’ont pas bronché, pas un regard, pas un mouvement, le brouhaha et les chopines triomphaient.

La petite dame qui vendait des fleurs a doucement repris sa maison de poche et a glissé jusqu’au spar d’à coté. Elle y a acheté 1 boite d’oeuf, 4 briques de lait et du pain, de quoi manger pendant au moins deux jours. Et oui si vous saviez tout ce qu’on peut faire avec un peu de lait, du pain et des oeufs quand on n’a que des fleurs d’amitiés pour payer son loyer.

Père Pivoine et Azalée pleurait. Rassurez vous, pas sur la petite dame qui vendait des fleurs; Elle vivait sa vie, sans plaintes, sans pleurs, sans amertumes dans les yeux. Doucement elle se fondait dans l’ombre de vos coeurs trop gras et trop sclérosés.

C’est sur vos coeurs flétris, sur la violence de vos vies, sur la peur de vos œillères que les deux petits jardiniers pleuraient. Comment l’Humain pouvait il s’ignorer à ce point là ? Comment aucun des 50 “braves” gens de la terrasse n’avaient pu se lever et s’offrir une fleur de fraternité ? Comment le monde des gens biens, des gens normaux pouvait être aussi cruel et laisser une de leur soeurs fleurs crever sans même un regard pour l’honorer, lui dire que malgré tout ça elle existait.

La petite dame qui vendait des fleurs ça sera peut-être un jour Margotte, Zébulon ou Pollux. Père Pivoine lui vendra des couteaux bien aiguisés, quand à Azalée ne vous en faite pas pour elle, y aura toujours sur la terrasse bien normalisé, un queutard moraliste pour la payer et si ce n’est pas le cas, on oubliera votre monde qui est certes pas violent mais juste méchant.

La violence et l’ennui

Alors de tout ça que me reste t il ? Que pour être “comme vous” il faut que je me ferme comme vous et que j’arrête de Voir ce que vous avez dit ne pas exister. Que pour être correct il faut que j’apprenne à faire du baise main tout en ayant les mains sales. Il me faudrait apprendre à avoir un oeil sur mon nombril et l’autre sur le cul de mon voisin.

Je devrais aussi apprendre à bien fermer ma gueule et à surtout ne pas oublier de sortir sans mon coeur et mes tripes. Fermer ma gueule soit mais surtout ne penser qu’à ma gueule bien sur ! C’est tellement essentiel de passer 85 ans à explorer son nombril ! Fini le gratuit, fini la générosité, fini les “services” pour l’esprit ! Maintenant pour être comme vous je vais faire de l’utile et du désagréable ! PRODUCTIF ! Surtout pas ressentir ! Comment pourrais je écraser, dominer, contrôler mon prochain si je ressent des trucs ?!

Mais voilà une question se pose à moi, serais je encore moi même, pire que tout serais je encore humain ?

Serais je encore vivant ou est ce que je ne vais pas rejoindre la cohorte de LES GENS, ceux qu’ils convient de ne connaitre que disponible, ceux qui ne s’occupent des restes de leur monde que quand ca les gratouilles ou pour des raisons morales hautement répréhensibles !

Oui aider l ‘autre par morale ou pitié est hautement répréhensible, je le dit et l’affirme ! En vérité à ce moment là vous ne l’aidez pas, jamais, vous lui passez de la crème, point barre ! Vous aidez par culpabilité ou par projection mais vous ne faites, au mieux, qu’envoyer un maillot décent à un noyé. Vous ne lui avez toujours pas appris à nager, vous n’avez, en vérité, strictement rien sacrifié, rien changé à votre vie pour que le monde change et que l’horreur du commun, la mauvaise humeur des gens de la terrasse, n’est plus de raison de citer.

Si j’apprenais à la fermer ça arrangerai votre peur de vos conflits internes et de la “baiiiite” en vous. Si j’apprenais à la fermer comme tant de partie de vous le souhaite je ne porterai plus de pantalon de couleur, je rirai sous cape et minauderai devant un verre de rhum à 8h du matin. Si je me retenais ma bouche et rétrécissais mon coeur j’enlèverai le rire et l’emphase de ma vie, j’aurais moins mal, je serais moins triste, je serais moins libre. Si je devenais comme vos grincheux le souhaite, je marcherais peut être comme vous… au pas !

Pour l’instant, et tant que mon coeur le peut, je continue de danser en marchant, de rire trop fort, de déguster la vie à pleine dents et de saluer bien bas les filles de petites vertus. Bien sur un jour, après avoir bu tout mon saoul, la Mort viendra me chercher comme pour vous. Alors ce jour la je roterais une dernière fois sous le rire de mes amies les étoiles et, bien planté sur mes quatre jambes, je pisserais fièrement sur les femmes fidèles en me moquant de vos dieux. Alors la mort pourra m’emmener danser ailleurs, dans un pays ou les Hommes ont des bras et des coeurs. Des coeurs enfin trop plein de vie.

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La publication a un commentaire

  1. Jane G

    Merci pour cet article qui parle plus aux sensations qu’au raisonnement. La même histoire racontée uniquement par le cerveau perdrait tout intérêt, c’est ce qui se passe entre les mots qui vient toucher ce qui vit entre nos cellules. C’est comme ça qu’on passe de l’histoire à l’histoire de pouvoir !

    Merci encore

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