Moi mes souliers ont beaucoup voyagé

Il y a peu la Miss Françoise Colliot postait un article sur l’art de la chausse moderne et l’aberration d’une mondialisation stérile et imbécile. J’allais lui répondre quand je me suis soudain pris au jeu et me suis autorisé à quelques révélations pour le moins personnelles et qui peuvent sembler vision d’horreur pour certains …
poke Emmanuel C. De fil en aiguille le commentaire est devenu une histoire, issue de faits réels, en fait carrément vrais. Alors un petit sourire quand même un peu grinçant avec en fond sonore la chanson de Felix Leclerc qui a berçé mon enfance.

Moi mes souliers …

Grand fan des tenues vestimentaires et acheteur compulsif de chausses de tout poil aux formes variées et parfois aléatoires … dans un autre espace temps.
Je traite depuis une quarantaine d’années les marchands de boots, derby, mocassins et autres richelieus avec un profond mépris mâtiné de suspicion. Passer une vie à mettre en boîte des petits arpions est pour moi source de méfiance et d’une légère angoisse que je traite à grand renfort de camomille et de rhum 10 ans d’âge.

Bref, nous approchions de la faste période que représente Noyel quand, observant mes vieilles caterpillar presque aussi vieilles que le rhum servant à anesthésier mes angoisses, je me suis dit qu’il était temps de lâcher quelques sous dans l’acquisition d’une nouvelle paire de geôle à petons. Je file donc dans une halle aux chaussures de proximité. Bonjour madame ! Pas de réponse. Merci, vous aussi.

Je me faufile et décide, moment d’égarement et de grande confusion sans doute provoqué par un excès de chocolats à la liqueur, d’acheter deux paires de chaussures made in RPC et 100% pétrole.

Les essayages et le défilé Pier Escarpin se passe à merveille. Telle la cagole sortant de chez son capilliculteur bio cosméticien, je me sens un autre homme. Rempli de cette testostérone propre à tous les directeurs du FMI et qui allait me permettre de culbuter sans vergogne la moindre soubrette pas trop mal foutue.

La chaussure est à l’homme moderne ce que le fer à cheval est à la mousse au chocolat

oui je sais ça n’a aucun sens … comme les chaussures.

Enfin bref, je rayonnais. Porté par un souffle nouveau et deux paires de godasses qui m’ont coûté en tout un peu plus de 100 €, je m’en retourne dans mes pénates.
Le soir même une oeuvre cinématographique de la plus haute importance nous attendait ma chère compagne et moi même. Fier de ce nouveau moi qui avait vu naissance dans le commerce diffuseur de godillots 100% plastoc et presque pas cher, je me mettais sur mon 31. Après quelques délicates aspersions de Hugo Boss One, j’enfilais, sourire aux lèvres, des imitations asiatiques de Vans.
Souplesse et confort, nous allions au cinéma. Je réservais les fausses broques pour plus tard. Je gambadais dans les rues tel un cabri le jour de l’ouverture de la chasse à la mouffette et après une séance soporifique d’un film grand public qui ne pouvait intéresser que le 0.8% de la population ayant subi une trépanation, nous nous décidâmes pour quelques flâneries dans les rues commerçantes du centre ville.

Promenons nous dans les bois … ou pas

La foule omniprésente il y a quelques dizaines d’années et aujourd’hui assise stupidement devant un écran pas si catholique ne me gênait pas le moins du monde. Ma tendre amie et moi même allions bon train, aidés par un mistral d’une vélocité toute hivernale et soufflant depuis un point Nord Nord Est dans l’exact alignement de ladite rue anciennement commerciale.

Ah quel bonheur de se peler le jonc, je ne porte que rarement des caleçons, dans des chaussures neuves. Une expérience que je vous enjoins à vivre au moins une fois dans votre vie. Nous progressions donc vers cette inéluctable fin que nous appelons communément le bout de la rue quand soudain le drame survint …
crrrrrrr. Oui crrrrrr. C’était la trépointe de ce qui autrefois aurait pu être une poulaine qui exprimait sa rage et son mécontentement de sortir par ce froid polaire.

Mes pauvres chausses rendaient déjà l’âme ! Durée de vie … 8 heures

Il est né le divin enfant …

jouez hautbois, résonnez musettes !

Un peu contrarié par ce comportement indigne, je remisais les pleutres pantoufles au fond d’un carton où était spécifié « adieu et bonne chance ». Etant de nature assez casanière, je n’ai pas eu l’occasion d’essayer mes souliers vernis avant quelques jours. Vint la fabuleuse, enivrante et annuelle journée de commémoration de la première tétée d’un mec qui a fini en string sur une croix. Vêtu de ma plus belle chemise blanche et d’un petit pantalon en coton beige, j’enfilais les camardes babouches et m’en allait festoyer en bonne compagnie. Si si, en bonne compagnie.

Première sensation. C’est raide. Deuxième sensation très auditive ? Crrrrrrr ! Ha non ! Pas deux fois la même, se mutiner en marchant par un froid polaire je peux le concevoir mais là je n’ai pas encore fait le moindre pas ! Ouf ce n’était que le laçage. Enfin ouf, façon de parler. Quand les lacets ne résistent pas au premier serrage, les augures pour la suite ne sont pas brillants. Me voilà en tout état de cause chaussé de mes fragiles brodequins en train de ripailler et de me délecter d’un succulent Hautes Côtes de Beaune. Entouré de mets divins, le monde se drapait de bienveillance.

Le bonheur d’avoir une belle paire

de chaussures, bande de vils esprits.

Les fêtes de la nativité ayant fait long feu et n’ayant plus eu d’alertes significatives sur la qualité de mes godillots, je me décidais, pour la saint sylvestre qui approchait à grand pas, d’assortir ma tenue de soirée à la teinte crème brûlée de mes providentielles et tenaces tatanes. La chemise de lin brut dévoilant mon torse qu’on dit fort beau, j’allais in extremis quérir deux paquets de tabac vendus par un détaillant exploité par les taxes étatiques, à savoir un buraliste.

Mon pied délicieusement gainé d’une chaussette en fil d’écosse Gammarelli couleur framboise s’émerveillait de l’espace disponible et remerciait silencieusement mon cortex central d’avoir opté pour une taille légèrement trop grande selon les conventions mais diablement confortable pour mes larges ripatons. J’empoignais avec désinvolture la languette, ajustais au mieux les différents quartiers de mon écrin pédestre quand soudain, le crissement sanglant et démoniaque retentit à nouveau.

La rumeur est un cri qui vient de l’extérieur

et hop, voilà comment pourrir une chanson de Bernard Lavilliers

Oh pas bien fort vous allez me dire. Si vous saviez ce qu’un murmure peut générer comme violence. Le sinistre crissement, telle la rumeur de malversations sur Charles Pasqua, dévastait ma fin d’année. Quelle misère ! Et tout cela quelques poignées de minutes avant l’heure fatidique indiquant la fermeture définitive de mon commerce de proximité fétiche. L’amertume et une certaine forme de désespoir nimbaient maintenant mon salon. Malgré une chaudière ronflante et de solides poêles en fonte, il régnait dans mon rez de chausse un froid qui aurait terrifié l’Inuit moyen.

Il me fallut bien du courage et une force d’âme hors de ce que le commun peut envisager pour, sobrement, sans un mot, sans même une fébrile émotion, extraire mes petits et toujours larges nougats drapés d’italianeries framboisées. Je posais placidement mes panards chéris sur le carrelage terre de sienne de mon salon. Je me levais avec dans le coeur le soleil que les socques félonnes voulaient m’interdire. Puis avec moult compassion pour elles, je pesais de tout mon poids sur mes extrémités à la fois fermes et fragiles, subtilement velues et néanmoins frileuses. Dans cette danse magique qu’est la posture du bipède en mouvement, je laissais le poids de mon corps et sa mémoire cinétique me véhiculer avec une grâce toute personnelle et malgré cela légendaire vers mes bonne vieilles caterpillar.

… À mes compaings du pain rassis

À mes frangins de l’entre bise …

C’est ainsi que par une sordide fin d’après midi d’une sordide fin d’année, après de vaines tentatives pour échafauder un plan de sauvetage efficace et pas cher, le fleuron de l’industrie « contrefaçonnière » chinoise finit sa désarmante existence sur le sommet d’une benne à ordures.

Dans un excès de sollicitude pour ces aberrations croquenotesques, j’eus voulu leur donner une ultime demeure pleine de douceur et de chaleur méthanesque issue de la décomposition d’un quelconque homard voire d’une soupe de légumes bio. Hélas comme nous étions le 31, le restaurant voisin et son habitude, trop commune, d’arnaquer le gogo en goguette et en soif d’épater la donzelle, avait fait provision à foison de produits manufacturés et surgelés qui maintenant se déversaient de ladite benne. M’empêchant de célébrer avec les honneurs de la nation la vie brève et pour le moins intense de mes grolles tonkinoises. En vérité c’est un bien triste linceul que je leur ai offert, pour celles qui m’ont fidèlement accompagné pendant 17 heures non stop …

Et toi ami.e. lecteur tu es maintenant bien triste

Pas tellement pour les pompes de merde qui ont fini dans la poubelle mais parce que tu viens de te frapper 1470 mots sur … fifre, nada, rien, que dalle, peau de zob, pénis de chèvre comme on dit dans les basses vallées de la Drôme ardéchoise. Oui je sais, je suis pas con, y a pas de vallée dans la Drôme ardéchoise, ou alors si mais dans le gosier de ceux qui carburent à la clairette de Die. Bon après avoir bouffé toute cette prose, j’espère qu’au moins vous vous serez un peu marré. Ce texte est un pur cadeau à moi même. Il n’avait qu’un seul but, me faire plaisir et confirmer ce que je savais déjà, donc en un sens il ne sert vraiment à rien, à savoir que j’ai le super pouvoir de parler pendant des heures de vraiment n’importe quoi … Et ouais, c’est pas la classe ça !

Pour les plus curieux d’entre vous, suite à cette, si si, déception, j’ai quand même passé un super réveillon avec mes vieilles caterpillar mais surtout je me suis offert une vieille paire de paraboots neuves …. non Emmanuel, j’espère que tu as lu jusque là, pas la sublime marque de chaussures, des para-boots, à savoir des chaussures de parachutiste avec la coque acier et tout. En gros j’ai un kilo à chaque pied. Le Mistral peut souffler, je crains dégun !

Je les attends de pieds fermes les godillots foireux de la chine post communisme maoïste. Pour ceux qui ne connaissent pas ce genre de chaussures, c’est un peu les Chuck Norris de la chaussure. Le monde se plie à elles et pas l’inverse. En gros c’est ton pied qui se fait à la godasse et pas l’inverse.

Sur ce je m’en va manger une bonne soupe bio que ma femme a fait, puis a fait cramer, si si elle peut le faire, c’est la fuck maurice de la femme d’intérieur … Allez bon appétit !

Moi mes souliers ont beaucoup voyagé

Renaud

Naturopathe, Psychothérapeute et Pratiquant de différentes techniques énergétiques depuis plus de 20 ans. J'anime des conférences / rencontres en essayant d'amener chaque fois un autre regard, une autre manière d'être et de vivre le monde qui nous entoure. Loin du Mysticisme et du Rationalisme il existe une troisième voie, celle du sourire et de l'harmonie. Un Pragmatisme abstrait pour aimer notre propre paradoxe.

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Emmanuel Createur
Invité

Rouge papal ou violet cardinal pas framboise les gammarelli voyons !

Sinon il est clair que la chaussure de dandy est faite pour sillonner les parquets parisiens, et le sol des taxis, la moquette synthétique et la pluie sont nos plus grosses craintes alors la campagne et les cailloux ce n’est pas imaginable. Bien évidemment cet admirable soulier, pas chaussure puisque C est un bijoux et non un vêtement, durera toute une vie correctement entretenu, mais une vie bien différente de celle que tu décrit

Lola
Invité
Lola

Un bonheur 🙂 merci!!!!

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