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Il revient à la mode ce mot, nom de Chaman. Il fait peur, il fait rire, il intrigue. On en bouffe à toutes les sauces et chacun y met ses croyances, peurs, espoirs et le définit, le rapetisse à sa vision.

A ce jour nous sommes 5 à faire un travail Chamanique, depuis plus de 20 ans pour certains. C’est donc 5 points de vue différents et pourtant complémentaires que nous allons vous proposer.

5 points de vue et non pas 5 définitions.

Le Chamanisme au 21 ème siècle, notre point de vue

Alors est-ce que les membres de La Passerelle se baladent avec une plume dans le cul en jouant du tambour pendant qu’ils vont acheter sur le net leurs bâtons de sauge blanche venus de l’autre bout du monde « parce que tu comprends, quand c’est amérindien c’est vachement mieux » ? Sommes-nous en transe H24 en bouffant de l’Ayahuasca pour contacter le Grand Esprit qui aimerait bien qu’on lui lâche un peu la grappe et qu’on se prenne enfin en charge ? Pas vraiment !

sauge fumigation chaman

Le Chamanisme pour Laurence : Présence

Pour moi le chamanisme, ce que l’on fait dans les cercles en tout cas, c’est la présence. La Présence à tout ! A ce que l’on comprend, bien sûr, mais surtout à ce que l’on ne comprend pas. Quand nous nous retrouvons, nous parlons beaucoup, nous aimons bien ça. De loin, nos regroupements pourraient ressembler à une discussion entre amis un peu barrés. La parole, la palabre est un des outils « modernes » et facilement utilisables pour faire passer ce qu’il y a derrière, ce que l’on ne sait pas, le Sentiment.

On développe notre présence à tout ce qu’on ne sait pas, individuellement et collectivement. Nous mettons vraiment en commun les savoirs, visions, chemins de chacun. Les lacunes de chacun permettent au tout d’avancer, de se peaufiner et d’explorer des chemins dont nous n’aurions même pas eu conscience en solitaire.

Palabrer, Danser, Sentir pour s’ouvrir au tout

Pour moi qui étais/suis/croyais être pas mal déconnectée de la nature, du corps… le chamanisme c’est ce qui me permet de revenir à ces choses essentielles. Ce chemin me permet de voir et surtout sentir tout ce qu’il y a là, juste à côté, de l’autre côté du brouillard.

Exemple : Je peux pratiquer le Yoga, je suis entre autres choses enseignante de Yoga, de façon très pragmatique, classique et « scolaire ». Mais je peux aussi le vivre et l’enseigner de manière plus libre et plus dense en y incluant la Présence. La Présence à l’invitation du moment faite par notre corps connecté à l’ambiance du moment. Le Sentiment émerge alors de chaque micro mouvement, de chaque instant, et le Yoga redevient ce qu’il est à la base, une pratique « magique ».

La Présence à soi, à l’autre, aux mondeS

Idem quand je fais ma vaisselle, quand je me fais chier au boulot, que je prends ma douche ou autre. On utilise beaucoup ces mots : Présence, Sentiment, Voir, Intention, Guerrier. Le chamanisme m’apprend le sentiment qu’il y a derrière ces mots.

C’est simple mais, hélas, pas si facile. Au final la Présence me permet, pas après pas, doucement, c’est dur, de sentir vraiment que j’appartiens à la Vie et non pas que la Vie m’appartient.

Le chamanisme m’apprend à faire le pas de côté pour sortir du petit « je » despotique. J’apprends que je fais partie d’un grand tout, les Arbres, les Pierres, le Vent, les Oiseaux, les Humains…

Quand j’ai commencé sur cette voie, je croyais que le chamanisme allait m’apprendre à me servir de la nature, de la vie autour de moi pour avancer mieux, avoir une vie plus agréable, plus de et moins de. Je commence à comprendre que le chamanisme m’apprend surtout à me mettre au service de la Nature, de la Vie et de l’Esprit… oui y a du boulot, lol, mais c’est bien l’idée de l’apprentissage.

La simplicité chamanique de Laurent

Sans échelle de valeur, le chaman s’adonne à toute activité avec un soin attentif, parce que l’acte est unique et porte toujours une valeur universelle.

Les petites choses sont les plus grandes à accomplir. 

Le détail d’une situation enseigne sur la totalité. 

Agir volontairement, avec la volonté du cœur, et après avoir fait son possible, se désintéresser du résultat.

Voir l’intérieur d’une personne ou d’une situation quelque soit son apparence extérieure. 

Par une attitude détachée, laisser venir à soi toute rencontre et non le vouloir. 

Attentif à la pierre, à l’arbre, au vent, à l’animal et percevoir leur message. 

Le Chaman est plongé dans l’humanité sans appartenir à son monde.

Catapulte chamanique

Charlie, quand la Mort devient l’alliée de la Vie.

Le chamanisme, c’est quoi ? Au début, en lisant pour la première fois Castaneda, le chamanisme me faisait rêver. C’était du son et lumière, descendre une cascade en s’accrochant à ses filaments lumineux, être capable de voler, de se transformer en oiseau, de voyager dans d’autres mondes.

Ca me faisait rêver, tout en restant des histoires de pouvoir. C’était possible dans les livres, pas forcément dans la vraie vie.

Et puis j’ai fait des stages de chamanisme. Travail dans la nature, perception de l’énergie, exercices pratiques pour recentrer son énergie, tenir ses comportements ordinaires à distance. D’un stage à l’autre, je faisais les exercices les 3 premières semaines, puis les 3 suivantes, tout
disparaissait progressivement. Mais savoir que je « travaillais » sur moi me permettait de me sentir différente des autres, supérieure. J’étais Neo dans Matrix, ou Trinity, je faisais partie de l’élite qui savait qu’il y a autre chose, s’en forcément en faire autre chose que de la suffisance.

Mais il y a la phrase de Renaud qui résonne, résonnait :

« un chaman sait qu’il est déjà mort ».

Le chaman se tient à la frontière des mondes et sait qu’il est déjà mort.

Une phrase que je comprenais avec mon cerveau mais pas avec mon corps et mon énergie, encore une histoire de pouvoir.

Aujourd’hui cette phrase prend tout son sens. Don Juan comme Don Julian (Voir Carlos Castaneda – NDLR) sont quasi morts, tous les deux, avant d’être trouvés par leur Nagual. L’un car il s’est fait tirer dessus, l’autre sur le point de mourir de tuberculose. Changer, totalement, était la seule solution pour rester en vie. Passer de l’autre côté tout en restant vivant.

Le chaman sait qu’il est mort, le chaman a intégré la mort dans chaque cellule de son corps, elle est son éternel compagnon, son seul véritable conseiller.

Alors pour moi, aujourd’hui, le chamanisme, c’est se tenir à la frontière des mondes, un pied dans le monde visible, un pied dans l’invisible. C’est voir, à chaque instant, la forme et le fond de chaque chose, en même temps.

C’est se servir du monde qui nous entoure pour décryper les signes, afin de comprendre et d’agir, tout en sachant qu’on ne comprendra jamais le tout.

C’est intégrer la mort à chaque instant, à chaque souffle. C’est prendre en compte, dans toute chose, l’énergie, la sienne et celle qui nous entoure. Mais c’est aussi se libérer et se détacher de toutes ses croyances, tous ses automatismes, pour partir à la découverte du Mystère que nous sommes tout en sachant qu’on n’aura jamais la réponse.

Intégrer le paradoxe et accepter qu’il n’y a aucune règle fixe.

Accepter que tout soit mouvement, en permanence, car c’est le principe même de la Vie, le Mouvement.
Le Chaman choisit un but abstrait en sachant qu’il est vain. Il accepte qu’il n’y a pas d’autre but que de vivre. Vivre pleinement chaque chose et aimer profondément. Aimer chaque instant, voir le cadeau de chaque moment, chaque événement, aimer et remercier jusqu’à ce que la mort nous embrasse.

Pour moi le chamanisme c’est accepter d’être le tout, tout en étant séparé de celui-ci. C’est honorer la Vie en nous et autour de nous à chaque instant, à chaque souffle.

La poésie naturelle de Sidonie

Le chamanisme c’est sentir mes pieds se dérouler sur la Terre qui palpite, percevoir le chant d’un oiseau au petit matin et sentir le souffle de l’Air sur ma peau.

C’est accepter ce qu’ils m’enseignent et enlever mon masque d’humaine bien-pensante pour enfin laisser émerger mon animalité.

Regarder les étoiles briller et leur parler, rire avec le corbeau qui se moque de ma suffisance, demander de l’aide au Feu quand j’ai la sensation d’être perdue dans le noir.

C’est savoir dans mes cellules que je suis aussi importante qu’un gravier ou qu’une branche morte en travers du chemin.

Laisser l’Eau raboter ma gangue de protection.

C’est la musique de mon cœur, le rythme lancinant d’un train de nuit. Simplement le sentiment d’avoir reçu la vie et de la manier avec délicatesse car elle s’achève à chaque seconde écoulée.

C’est réducteur et il pourrait y avoir plus de mots, plus de phrases, à vous de faire la suite.

Soleil couchant

Renaud, mon chemin paradoxal vers la Liberté.

Qu’est-ce que le chamanisme pour moi ? Déjà je trouve ce genre de question très très con et quasi sans réponse. Bon ok, c’est moi qui l’ai posée, et alors !

A défaut je dirais : un chemin vers la liberté. Oui mais qu’est-ce que la Liberté ? L’absence de contrainte ? Je ne crois pas qu’il y ait de vie incarnée sans contrainte. Le simple fait d’être obligé pour vivre de respirer est déjà une contrainte.

La possibilité de faire ce que je veux ? Oui mais qui est ce JE ? Est-ce celui plein de grandeur qui veut sauver les pauvres et les opprimés ou celui plus filochard qui est pour la lutte écologique et qui roule pourtant en diesel et continue d’allumer son électricité en sachant qu’elle est produite par une centrale nucléaire ? Et puis d’où vient ce « veux » ? Qu’est-ce qui crée mes désirs ? Enfant de la télé et de sa sœur publicité, comment savoir quels sont mes réels désirs et ceux qui m’ont été inoculés à force de répétition et de cajolerie ? Je suis né à une époque, dans une famille appartenant à un groupe socio culturel, dans une ethnie bien précise. Alors mes désirs sont-ils les miens ou ceux de mon éducation ?

Donc ma réponse, le chamanisme un chemin vers la liberté, ne veut rien dire en soi. Du coup je vais dire ce qu’est un Chaman pour moi.

Le chaman est celui qui est ici sans y être limité. La résolution du paradoxe du ici e(s)t ici.

D’ailleurs le JE chaman n’existe pas et n’a pas de sens. Pourtant le chaman existe bel et bien, il est même très très  incarné et pourtant il reste totalement décalé de ce monde.

Un être qui arrive à occulter l’illusion de la séparation et à sortir de la pensée binaire. Il est de fait plus un être vivant qu’un humain, un cerf ou un loup. Car oui, le Chaman est présent dans tous les règnes et n’est pas une spécificité humaine.

Il a une fonction de passeur, de relais entre un monde et un autre. Le moindre chat ou chien domestique en est une belle représentation, non ?

C’est l’art de devenir un passeur…

et pas qu’un passeur de lumière ! Simplement un passeur, ou encore mieux un pont, une passerelle entre deux entités, deux lieux, deux mondes.

Je le vois comme une sorte de Charon mais qui permettrait le passage du Styx dans les deux sens, pour les êtres organiques et pour les êtres non
organiques.

Dans beaucoup de traditions chamaniques, on utilise le tambour et la roue pour représenter le côté cyclique de toute chose et aussi pour appeler ou se signaler aux esprits incarnés et non incarnés.

Sur cette base, pour moi, le chaman se place au centre de sa roue des 4 directions (Sud, Est, Ouest, Nord) et il crée ainsi les deux dernières, le Zenith et le Nadir. Autour de ce cercle mis en volume par sa Présence impeccable se crée le Diamant du vivant. Le Chaman dans son centre et au centre de la roue du vivant permet aux 4 directions, au Soleil et à la Lune, à l’animal et au végétal, au tangible et à l’abstrait de se rencontrer et de communiquer.

Vide et plein à la fois.

Mais là où Charon subissait la loi des dieux, le chaman ne subit que la loi de La Vie. Et La Vie ne veut rien à part se dérouler. C’est aussi le cas du Chaman. Il ne veut rien et fait simplement ce qui doit être fait. Ce n’est pas que cela l’enchante ou le rebute, ça n’a pas vraiment de sens, simplement faire ce qui est à faire pour aider La Vie et toutes ses facettes à Être pleinement, sans forcément chercher à comprendre et encore moins à en contrôler la direction.

Une feuille qui suit le vent sans pour autant être à sa merci… encore le paradoxe.

Ca ne veut pas dire que l’humain ou l’être qui porte le Chaman n’a pas d’envie ou de désir personnel, seulement que ceux-ci passent au second plan.

C’est pour moi la grosse différence entre le sorcier, qui se met « au service de » ou qui utilise les énergies « afin de », et le chaman, qui suit le mouvement, qui se laisse emporter par la vague en acceptant, sans résignation, de faire et vivre ce qui doit l’être. Aussi plaisant / déplaisant que ce soit pour son JE.

Castaneda utilise le terme d’Homme de connaissance, je suis encore trop suffisant pour l’utiliser et en plus j’en suis encore très loin.

Le Chaman est vaincu

C’est pour moi un des éléments essentiels du Chaman, il a été vaincu et il accepte totalement le fait d’avoir succombé. Il l’accepte sans plainte, vantardise ou autres émotions mais juste comme un fait.

Sega a été plus fort que lui !

Il s’est battu, a lutté impeccablement pour finalement perdre. Il accepte alors sa totale incapacité à comprendre ou même à résister face aux mystères de La Vie. Acceptant totalement sa défaite, il est relevé et grandi par celle-ci.

C’est le fait d’être déjà mort, d’avoir déjà perdu et d’accepter ceci comme un fait réel et non pas une hypothèse mentale. C’est cette force de mort qui lui permet de tout accepter, de tout entreprendre et de terrasser la
seule chose qui doit l’être, son inconsciente médiocrité et son laisser aller.

Il s’est battu contre La Vie alors qu’elle n’était pas son ennemi et reçoit La Mort comme allié alors qu’elle n’est pas son amie.

La Mort n’est plus une force de coercition nous pétrifiant mais juste un fait, une réelle amie qui ne nous veut pas « du bien »… comprenez nous passer de la pommade.

La Mort comme amie et conseillère permet le vide

La Mort, cette amie intime qui ne nous veut rien, nous rappelle que la vie est courte et qu’elle ne nous appartient pas. Que malgré tout notre savoir, nos outils et nos desiderata, ce n’est en aucun cas nous qui choisissons l’heure.

Elle permet l’oubli de Je pour se rappeler notre multitude de Soi.

Le Chaman, à l’instar de son tambour, est une enveloppe rigide, tendue et pourtant souple mais qui pour sonner jusqu’aux cieux a besoin d’être totalement vide en son centre…

5 grands enfants pas forcément rigolo mais qui aime bien s’amuser et s’occuper sérieusement de choses tellement futile qu’on finit par les oublier.
Vivre, aimer, manger, danser et plus si affinités

Chaman du XXIème siècle, ça veut dire quoi ?

Cet article a 1 commentaire

  1. Simplement pour partager ma joie de lire cet article créer en collectif! je suis trop contente!!! burp 🙂

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