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C’est toujours un jeu dangereux de vouloir résumer une année, ou quoi que ce soit d’ailleurs. C’est d’autant plus dangereux quand à travers une année on essaye de rendre hommage à quelqu’un. Pourquoi 1972 ? Rendre hommage à qui ? Et bien en Août 1972, mon chéri, mon roudoudou à poil blanc a vu le jour. L’an 0 de mon cauchemar quotidien, moi aussi je peux être aussi saloparde que toi, ouvrait ses grands yeux bleus, devenu verts à cause des acides, sur le monde…

1972, le début de l’ère moderne.

Il me l’a souvent expliqué, et m’intéressant de plus en plus à l’histoire je commence à comprendre en quoi le présent prend corps dans le passé. L’année 72 n’est pas plus charnière que d’autres … Encore que. Toujours est-il qu’à travers 7 morceaux de musique, je vais essayer de vous dépeindre Renaud et cette année quand même un peu particulière.

Cette année là le monde sortait des trente glorieuses en découvrant, avec stupeur, que le Pétrole n’était pas inépuisable. En 1972 le rapport d’un membre du parlement Américain met le doigt là où ça fait mal : Le monde occidental, dit moderne, a une faim croissante d’énergie alors que celle ci est en quantité finie. 45 ans plus tard on perd encore notre temps et notre énergie à nier cette évidence….gaz de schiste & co au lieu d’accepter les faits. La Terre n’est pas inépuisable !

SUNDAY, The Dark Side of the Moon, Breathe & On the Run

Les problèmes de nourriture

Pendant ce temps mon chéri faisait ses premiers hareu hareu mais comme, allégorie avec le monde occidental, il était un peu trop grassouillet… on l’a foutu au régime dès le premier jour de vie. Ca explique peut-être son appétit de vie assez titanesque. Et je vous raconte même pas niveau nourriture. Il a eu l’intelligence que n’ont pas eu nos dirigeants, ni même nous, de bosser comme un fou sur lui même pour continuer à aimer manger et ne plus avoir besoin de bouffer. 

Se régaler de ce qu’on a et ne pas regretter ce qu’on ne peut plus avoir … toute une philosophie que nous sommes bien incapables d’avoir !

Pour commencer cette semaine autour de 1972 c’est Pink Floyd, je crois son groupe fétiche. D’ailleurs les Flamands Roses … il est originaire de Camargue … sortaient The Dark Side of the Moon. Album ô combien symbolique et illustrant la vie de Renaud. J’aurais pu choisir Money, qui pour moi représente bien les 45 années suivantes, l’argent roi, le sens du devoir qui cède la place à la peur de ne pas avoir… Mais en fait pour lui rendre hommage je préfère Air, suivi de On the Run… les Ami.e.s comprendront pourquoi.

Lundi

Michel Fugain & le Big Bazar, Fais comme l’Oiseau

Mardi

Jean Ferrat – Nuit & Brouillard

Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le moment, nous l´appellerons Bonheur ! Les mots n´étant plus « les mots » mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font bonne conscience ! Chantait Léo Ferré dans La Solitude, courez écouter 1000 fois ce morceau, mais Renaud vous consacrera une semaine spéciale Léo. Du coup j’ai choisi « Fais comme l’Oiseau » du Big Bazar et Jean Ferrat « Nuit & Brouillard ». Je crois que ces deux morceaux résument parfaitement « mon » homme et cette époque entre libération de 69 et les prémices du punk . Entre youpi tralala et Just do it, qui deviendra le triste No futur par imposition commerciale. Et oui, les Sex Pistols sont autant punks que M Pokora est un rebelle.

Dans le monde, l’Oiseau s’envolait avec la naissance de l’Arpanet, l’ancêtre d’internet, et l’envoi du premier mail pendant que la Nuit et le brouillard s’installaient dans nos vies quotidiennes. L’affaire du Watergate, la création du FN par « le borgne », George Marchais, jeune secrétaire général du PCF, niait en bloc les massacres soviétiques et de fait décrédibilisait pour un avenir proche le rêve d’une Internationale pacifique. La télé-vie-con, comme disait Ferré, se dotait d’une troisième chaîne. Une troisième raison non valable de ne plus se parler, de ne plus sortir.

Mercredi

David Bowie – Ziggy Stardust

Jeudi

Neil Young – There’s a world

De l’autre coté de l’atlantique, en 1972 David Bowie explosait les codes, les genres et s’envolait vers la célébrité interstellaire avec son Ziggy Stardust, The rise & the fall, Gloire et décadence d’un Homme / Femme, un Humain somme toute. Neil Young, lui, créait son Harvest, superbe. Récolter la Lune, c’est ce que nous aurions pu, peut-être dû faire à ce moment là… Nous ne le saurons jamais.

L’époque était encore suffisamment fluide pour que nous changions « facilement ». Il y a eu des avertissements, Le club de Rome, un groupe de réflexion inter-disciplines sur l’avenir du Monde, rendait public son rapport sobrement appelé « Halte à la croissance ! ».  Nous l’avons tous consciemment ignoré, nous enfonçant gaiement dans les troubles que nous connaissons actuellement.

René Dumont, une version non transgénique de Nicolas le bulot, décidait de se présenter comme candidat écolo à la présidentielle de 74. On l’a traité de fou, de dangereux et on a largement préféré ce bon vieux Giscard et les compagnies pétrolières ou agro chimiques … Rise & Fall … La moisson fut bonne … pour certains.

…Dredi

Les Ramoneurs de Menhir – La Blanche Hermine (Gilles Servat)

…medi

Lou Reed – Perfect Day

Mon chéri me contamine chaque jour un peu plus. Il porte en lui ce moment d’espoir absolu, le côté Hippie, le partage, la générosité, les bras ouverts sur le monde et les gens avec pourtant au fond de lui une tristesse, vous avez même pas idée. Cette conscience profonde de notre vacuité. Parfois de la colère émerge, ce n’est jamais de la Haine, juste ce fameux désespoir de se voir et de nous voir nous maltraiter, mettre à mal cette Terre qui nous aime, qui nous nourrit jour après jour. 

Alors la voilà, la Blanche Hermine, ici par les Ramoneurs de Menhir (version originale de Gilles Servat), non pas comme un hymne anti Français mais un Hymne contre les Nationazismes et les régionazismes quels qu’ils soient. Fidèle à cet Oiseau du Big Bazar qui s’envole, nous sommes tous citoyens de la Terre. Comme il me le dit quand je lui demande quel cadeau il veut,  » Grandis ! Sois Vivante ! C’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire ». 

Je crois que dans Out of Africa Meryl Streep dit cette phrase « c’est bien ainsi que cela fut conçu ». On peut la retrouver dans ce Perfect Day de Lou Reed, sombre et plein d’espoir. Vivant jusqu’à en crever.

En 1972 c’était le Bloody Sunday, le massacre d’autonomistes pacifistes Irlandais excusant les 20 années de terrorisme suivantes (et une chanson de U2). La même année Nixon, un grand pacifiste dans l’âme, signait les accords SALT 1 enclenchant le début de la détente et in fine la chute du Mur de Berlin en 1989 qui lui … n’a pas changé grand chose à nos vies … Il a juste mis plein de petits murs partout au lieu d’un grand mur quelque part …. Il n’y a plus Rien. Bon anniversaire Renaud ! 

 

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