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Parler d’une carte du tarot de Marseille est un exercice périlleux ! La carte de l’IMPERATRICE dans le tarot de Marseille rend l’exercice encore plus difficile. Mouvante, changeante, pleine de préjugés et de subtilités la troisième lame des arcanes majeurs nous parle de la Femme et de féminité bien sur mais bien plus que ça de l’énergie Féminine dynamique qui baigne la création. Selon les époques et les cultures nous l’appelons Nagual, Matière noire, Souffle, Prãna (Sarasvati) et tant d’autres noms.

En fait nous pourrions consacrer des articles entiers à chacune des 22 lames majeures sans pour autant arriver à être exhaustif. Du coup, humblement je vous propose mon interprétation de lame de l’Impératrice, troisième arcane majeure du tarot de Marseille.

Évidemment, cette interprétation est non exhaustive, évolutive, et si vous voulez compléter en commentaire avec votre propre vision, n’hésitez pas !

L’Impératrice, la guerrière en paix avec elle même

L’Impératrice est assise, droite et stable. Elle dégage une force sereine. Pas de peur ni de doute. Elle est posée, installée à sa juste place. Évidemment, on pense à une femme de pouvoir mais méfiance car la noblesse ne vient pas du costume et le baise-mains ne fait pas les mains propres !

L’IMPERATRICE règne, sereine et tient dans ses mains sceptre (bâton) et bouclier, apanage des guerriers (mâle ?) sans pour autant montrer une attitude belliqueuse.

Pour ma part au début, je ne voyais que froideur et austérité dans cette lame. Comme si l’Impératrice me regardait du haut de son trône, souriant imperceptiblement devant mes gesticulations pitoyables. Et elle me terrifiait.

C’est à la fois important et rigolo d’observer ce que l’on ressent sur une carte. Avant même de l’apprendre et de faire rentrer du mental les premières sensations vont nous donner énormément d’informations sur le chemin que nous avons à arpenter pour intégrer pleinement la sagesse d’une carte du tarot.

L’impératrice, l’humaine qui prend les rênes de sa vie

L’Impératrice nous demande, pour intégrer son énergie, de prendre les rênes de notre vie. L’IMPERATRICE du tarot nous suggère de saisir notre pouvoir mais surtout d’en assumer les conséquences. On sort de l’enfance insouciante et capricieuse pour agir et devenir adulte.

L’Impératrice m’a mis face à tous mes caprices et mes comportements enfantins. Tous les moments où je préfère que l’autre décide à ma place. C’est très pratique « IL » décide et je n’ai pas à assumer les conséquences de « son » choix. S’il y a erreur c’est de la faute de « l’autre » pas de la mienne.

Devenir l’Impératrice, c’est arrêter les caprices. C’est se camper sur son siège, décider et agir. A défaut, comme pour moi dans un premier temps, vous pouvez au moins faire le listing de vos complaisances et de vos caprices…

Le pouvoir, quel-qu’il soit, implique la responsabilité. Devenir l’Impératrice, c’est prendre le pouvoir de sa vie et agir en conséquence. Les conséquences, qu’il faudra assumer, ne sont pas un obstacle en soi, par contre la carte précédente la Papesse à normalement du nous apprendre à les voir. Mais le temps de l’Impératrice n’est pas à la réflexion mais bien à l’action frontale, calme, déterminée. Elle règne et agis avec force (le bâton) et prudence (le bouclier).

On peut être terrifié par son pouvoir, avoir peur de brûler le monde, d’écraser les autres. Mais ce n’est pas ce que suggère cette carte ! L’Impératrice ne se présente pas en assaillante, elle est posée au centre de sa vie. Elle fait simplement ce qu’elle a à faire sans se servir des autres pour se limiter.

Ce que nous avons tous à faire, c’est gouverner notre vie. Et assumer la totale responsabilité de nos actes. Sans jugement ni culpabilité.

L’impératrice la force adolescente

On associe souvent la troisième lame du tarot à l’adolescence. Peut-être parce qu’avec l’Impératrice, tout est possible. Un projet fou en tête ? Pourquoi ça ne serait pas possible, il suffit de le faire, et de se donner les moyens, c’est tout. On peut tout imaginer, il n’y a pas de limite, le monde est un espace de jeu vaste et ouvert !

Mais par contre, le côté capricieux et assisté de l’adolescence ne sied pas du tout à l’Impératrice. Rappelons nous que ces cartes dates du moyen-age. Une époque ou l’adolescent n’était pas ce truc moue et capricieux dorloté par des parents à la fois envieux et terrifiés par les changements opérant dans le corps de leur progéniture. Mais des jeunes gens qui travaillaient et commençaient à agir dans le monde.

L’adolescence c’est Uranus, la fougue et les décharges aussi imprévisibles que régénératrices. Un age ou à défaut de conscience nous avons la force et l’envie de changer notre monde et de l’explorer. C’est cette image la de l’IMPERATRICE que nous pouvons garder en tête. Une forme d’exubérance calme, une action qui se nourrit d’elle même. La conscience arrivera en 4 chez l’empereur mais encore plus en 5 avec le Pape qui synthétise les 4 directions de la matière et ouvre vers le Ciel.

L’impératrice dans un tirage peut aussi signifier qu’on n’a pas encore intégré la totalité de l’énergie de cette carte. C’est alors une mise en garde car le retour de bâton d’une énergie aussi puissante que l’adolescente motivé par des caprices égotiques risque d’être TRES douloureux.

L’Impératrice est déterminée, mais pas capricieuse. Elle connaît le prix de chaque chose.

Tout est possible, mais tout a des conséquences aussi. Cela n’alourdit pas nos actions, ça les rend juste conscientes. Avec l’Impératrice, on intègre une des lois fondamentales de l’alchimie : le principe d’équivalence.

Le triangle : Incarnation et désir créatif

Oui, il est aussi question, avec cette lame du tarot, de corps et de sexe. Le bâton de l’Impératrice est posé au niveau de son sexe. Le pouvoir d’incarnation (le bâton), la capacité à mettre en forme prend sa source dans l’énergie sexuelle. Et puis, c’est un bâton, symbole phallique s’il en est, posé sur une matrice … Je dis ça, je dis rien …

L’Impératrice est assise les jambes ouvertes, c’est à la fois un appel à la sensualité, et en même temps, une ouverture au monde, elle n’a pas les jambes croisées, elle ne cache pas son sexe, elle n’a pas honte et ne se replie pas. Elle est ouverte au monde, sûre d’elle car elle a intégré son pouvoir personnel et son énergie sexuelle.

Cette carte nous met donc face à notre énergie sexuelle, à notre rapport au corps, au désir, à la séduction. L’Impératrice n’est pas victime, elle se sert de son corps, de son pouvoir charnel. Elle a intégré son énergie sexuelle.

Et vous, vous en êtes où de votre rapport au corps et à la sexualité ? Le subissez-vous ou l’avez-vous intégré ? Et vos désirs, vos fantasmes, sont-ils conscients et assumés ou les cachez-vous au monde mais surtout à vous-même ? Voilà ce que nous demande l’Impératrice.

Energie sexuelle et Créativité

Mais l’énergie sexuelle ne sert pas qu’au sexe ! C’est toute notre capacité de création et de créativité aussi ! D’ailleurs, à l’endroit où le bâton et la matrice sont en contact, on voit une petite feuille verte pousser … Allégorie de la vie qui naît, création ultime s’il en est !

Après, y a plein d’autres moyens de créer et de donner vie ! Mettre du coeur dans tout ce qu’on fait, c’est lui donner vie. L’art se trouve aussi bien dans le dessin, la sculpture, que dans la mécanique ou la cuisine. Insuffle-t-on de la vie à l’intérieur ? Y mettons nous notre coeur ?

Voyons nous la beauté de la Vie, la magie créatrice dans tout ce qui nous entoure ?Mais pour accéder à notre créativité, il faut intégrer notre énergie sexuelle, et pas la reléguer au fond de la cave, là où on met les choses qu’on ne veut pas voir.

Avec la Papesse, la lame précédente, on a pris conscience et vidé les caves. On a eu accès à la connaissance (non mentale) de la totalité de notre bibliothèque. La Papesse déchire le voile des peurs par la conscience de Sa Loi, son Énergie potentielle. Maintenant, avec l’Impératrice, en possession de notre totalité, on peut agir et créer.

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L’Impératrice, le pont entre féminin et masculin

L’Impératrice est le parfait androgyne. C’est une femme, l’être humain le plus proche de l’énergie Féminine (YIN) qui soit. Mais cette figure de femme règne, a du pouvoir et des attributs de guerriers donc masculins. Le bâton phallique est le symbole de concrétisation et d’incarnation, mais elle a également une pomme d’Adam si on regarde bien la carte.

Dans sa main gauche, elle tient un bouclier avec un aigle dessiné dessus. Pour moi, l’aigle c’est l’Esprit. De plus il est a noté qu’à l’époque des imagiers du moyen-age qui ont mis en forme le tarot de marseille l’Aigle n’était pas un nom masculin mais bien féminin LA Aigle ! C’est le roy soleil (Louis XIV) qui obligea l’académie française à requalifier l’aigle en nom masculin…

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L’Impératrice embrasse l’Esprit, l’aigle, et l’incarne. La racine de toute concrétisation vient de la matrice, de notre source infinie de créativité et d’incarnation, de notre énergie sexuelle.

Entre la pure réceptivité, le pur yin de la Papesse, et la pure concrétisation, le yang absolu de l’Empereur, il y a l’Impératrice. A la fois réceptive et active. Elle puise sagesse et perception dans la carte précédente, dans le deux, et donne l’impulsion de l’action. La concrétisation finale se fera avec l’Empereur, maître de la matière.

Le 3, mouvement permanent, principe de Vie

Le 3 se retrouve dans toutes les traditions ésotériques et spirituelles. C’est la sainte trinité, le triskell, le tao, etc… Le 3 c’est la source de la Vie Mâle / Femelle avec les deux triangles qui en se rejoignant forme le sceau de Salomon. Le Triangle magique c’est l’intégration des dualités avec le mouvement en plus. Le déséquilibre harmonieux, celui qui fait faire un pas après l’autre. Le mouvement permanent, et donc la Vie.

Le 3 est le chiffre de l’Impératrice. Mais on le retrouve ailleurs dans le tarot de Marseille. La gematria du Pendu (12) et du Monde (21) nous amène aussi au 3. Ces trois cartes sont des strates d’évolution qui se renvoient l’une à l’autre.

De l’Impératrice au Monde un ping pong infini

L’Impératrice représente le mouvement brut. Le Pendu le renversement de ce mouvement originel et enfin le Monde, 21, la symbiose parfaite du Yin et du Yang, le point ou les 4 orients convergent en un tout unifié.

Avec l’Impératrice, on assume son pouvoir, on l’incarne, et on agis avec dans nos vies incarnées.

Quand vient le temps du Pendu, on se retrouve la tête à l’envers, pendu par les pieds. Et on réalise que ce pouvoir ne nous appartient pas. Que tout peut s’arrêter à tout instant. La Vie ne nous appartient pas, c’est nous qui appartenons à la Vie. Elle est le maître absolu.

Enfin, avec le Monde, nous comprenons que nous sommes le Monde. Nous faisons partie du monde et nous le portons en nous. Nous sommes à la fois partie et totalité.

Mais l’un ne va pas sans l’autre. Avant de perdre nos illusions avec le Pendu, il faut d’abord accepter et agir avec son pouvoir.

Un chemin à suivre… ou pas …

Le tarot n’est pas linéaire. Chaque carte renvoie à une autre et agit à des niveaux différents, en fonction du moment où elle intervient dans notre vie. Le tarot est un chemin, un chemin vers nous et le mystère que nous portons. Quand une carte se présente, on peut accompagner son Energie, aller dans son sens, ou au contraire s’y opposer et faire tout l’inverse.

Pour la lame de l’Impératrice, aller dans le sens contraire c’est refuser son pouvoir et ses responsabilités, devenir capricieux et exiger tout sans jamais rien « payer » en retour. C’est aussi nier son énergie sexuelle, ses fantasmes et ses désirs pour au final se retrouver totalement dirigé par eux, sans aucune conscience. C’est nier la Vie et le mouvement permanent, et sombrer dans l’immobilisme et la stagnation.

A chacun de saisir l’invitation des cartes du Tarot. Mais, plus on refusera d’intégrer une énergie, plus elle se présentera avec force. Jusqu’au jour où l’Esprit, lassé de ce ping pong stérile, finira par se détourner complètement. Et sans Esprit, que la vie est vide. Matière absconse, vidée de tout sens, de toute magie. Metro boulot dodo, sans émerveillement ni joie ni peine. Des heures qui s’enchaînent, électroencéphalogramme plat, jusqu’à notre dernier lit, un cerceuil en pin blanc, froufrous roses en satin et rien d’autre dans nos coeurs que la sécheresse d’une vie de zombie.

Allez, sur cette note joyeuse, je vous invite à relire et intégrer l’énergie de Vie de l’Impératrice. Assumons nos vies et nos envies, car après tout, bordel de dieu, on n’en a qu’une !

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