Multiplicité des Je et quête d'Unité.
J'aime bien l'image que donne Gurdgieff, celle de multitudes de petits moi. On devient tour à tour l'un ou l'autre de ces moi. Le problème c'est qu'on le devient sans en avoir aucune conscience, le problème c'est que moi 1 décide et promet un truc, mais le lendemain, hop on est devenu moi numéro 23 qui a complètement oublié cet engagement.
Qui suis-je ? Je suis nous
Pas de confiance possible du coup, quand on ne sait jamais à l'avance quel moi on va être. Le but ? Rassembler tous ces petits moi indépendants les uns des autres, et qui en plus adorent se taper sur la gueule. Le but, ce n'est pas devenir une seule et même personne, stable en permanence, sans changement aucun. Ca c'est pas possible, ou alors on est mort. Non le but c'est déjà de les voir, tous ces petits moi, les accepter, les intégrer.
Le monstre dans le placard
Alors il y en a certains, de ces Je, qu'on aimerait bien planquer dans la cave et faire comme s'ils n'existaient pas. Mais si on les enferme dans la cave, le problème c'est que quand on deviendra un de ces moi qu'on a planqué bien profond dans le noir, ben on ne s'en rendra même pas compte.
C'est ces moi cachés dans l'obscurité qui régulièrement viendront nous susurrer à l'oreille, sans qu'on en ait la moindre conscience. Susurrer et manipuler, induire, induire et bien plus car il y a affinité ! Et le nombre, la multiplicité des Je est impressionnante !
"Lao tseu a dit pour trouver la Voie ..."
Aujourd'hui je commence à comprendre cette idée que pour devenir humain, pour s'unifier et arrêter la schizophrénie, il faut devenir complètement schizophrène justement. Laisser cohabiter ensemble toutes ces voix, les entendre, et choisir, décider celle qu'on écoute à un moment T.
Oui je suis généreuse, oui je suis radine, oui j'ai peur de manquer, oui j'aime donner pour qu'on m'aime en retour, oui je suis d'une totale indifférence, oui je suis calculatrice et je donne en fonction de ce que ça pourra me rapporter.
Hop, une situation se présente, c'est l'anniversaire de bidule. Arg, je fais quoi ? Je lui fais un cadeau ? Ou pas ? Qui coûte combien ? Si je lui en fais pas qu'est-ce qu'on va penser de moi ? Si je lui en fais il va m'aimer ? Et surtout si je lui en fais il va m'en faire à moi aussi ?
Derrière leur hurlement notre Silence
Chuuut, j'écoute toutes ces voix à la fois. Je les écoute pour pouvoir écouter, derrière cette cacophonie générale, le silence. Le silence qui contient tout, toutes les réponses, toutes les questions. Le silence qui me murmure, dans un souffle, ce qui est juste de faire. Je choisis ensuite de faire en fonction ou pas. Et si je fais autre chose ce n'est pas grave.
Si je n'avais pas envie, profondément, de faire de cadeau mais que je le fais quand même, parce que je sais à ce moment là, consciemment, que je ne peux pas gérer la peur de ne pas être aimé, c'est cool, c'est cool parce que j'agis en conscience, ça sert à rien de me juger, par contre de ne pas me juger ça sert, ça sert à savoir où j'en suis, à savoir que oui, j'agis pour gérer ma peur, pas en fonction de mon cœur, et ce n'est pas grave, à un moment j'aurais moins peur, et je pourrais choisir en fonction juste de mon ressenti, et pas en fonction de la peur des conséquences.
La guerre de Je ? Quelle guerre ?
Voilà, c'est un peu long tout ça, mais c'était juste pour illustrer la bataille des moi, et les actions qui en découlent. Rien de grave au final, tant qu'on est conscient. C'est ça s'observer avec gentillesse, sans jugement.
Et le moment où on agit en fonction de nos peurs, pas parce qu'on a vraiment peur. Une fois cette prise de conscience et l'acceptation de notre multiplicité, la peur est déjà bien fissurée. Non, le moment où la peur gagne juste parce que c'est plus confortable. Alors là on sait qu'on se laisse aller. Dans ce bref moment de lucidité où Un entend les voix de sa propre multiplicité, à ce moment là on peut décider de changer d'habitude. Un peut choisir de ne pas se trouver d'excuse car il n'y a pas d'excuses valables au laisser aller. La multiplicité et son conflit permanent avec elle même, elle seule peut justifier le laisser aller.
Je revendique la totalité de moi m'aime
Je repense au film Sublimes Créatures. On peut tous, comme Léa, décider de revendiquer la totalité, l'ombre et la lumière ! Nous n'avons jamais signé de contrat qui disait de choisir l'un ou l'autre, choisir la gauche ou la droite, le soleil ou la lune, papa ou maman !
En revendiquant la totalité, on devient adulte. Adulte, sans famille, seul, avec ses failles et ses forces, un moi unifié composé d'une multiplicité de voix, un schizophrène conscient.
François Perusse illustre la multiplicité des Je dans une situation somme toute banale ... une séparation.
https://www.youtube.com/watch?v=RuvhVp79Ojc
Je suis conne c'est un drame !
Le problème ce n'est pas d'être con, ce n'est pas d'avoir une cuirasse, le problème c'est de n'être plus que ça, sans conscience, totalement identifié à une infime partie de nous.
La conscience, difficile de définir ce que c'est
Peut-être est-ce le petit pas qui nous permet d'être au dessus de nos multitudes et de ne pas devenir uniquement ce comportement. C'est peut-être ce soupçon de recul qui nous permet de ne pas être uniquement cette partie de notre cuirasse, uniquement notre connerie. La conscience, c'est ce petit pas qui nous rend unifié tout en sachant qu'on est multiple.
Bises à tous, Charlie.
Quelques liens
Histoires de continuer à jouer avec le vrai et le faux deux liens autour de la personne de Gurdgieff
Une très bonne critique bien rationaliste sur sceptiques.qc.ca ET carrément un blog juste autour du mage Gurdgieff comme ça vous êtes dans le caca et vous devrez faire une synthèse entre les deux car comme le disait l'agent très spécial suisse fox meuledor (x-files) : "la vérité est ailleurs"