Il lui tenait toujours la main, le bras passé derrière son dos, moins peut-être pour la protéger que pour se sentir protégé : c’était quand le grand monde leur était venu contre ; – ils sont allés, ils sont allés encore, pendant que les femmes faisaient leurs préparatifs de départ, tordant le linge qu’elles jetaient dans les corbeilles.

L’amour du monde, de C. F. Ramuz

Aujourd’hui pas d’analyse, pas de pensée construite. Juste des sensations, des bouts de phrases, un sentiment que je vous partage, qui m’a traversé en lisant ce court extrait.

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Le grand monde est là

S’en aller dans le grand monde. Le grand monde qui vient tout contre. Le grand monde nous ouvre ses bras, et son amour nous terrifie. Se raccrocher, à une main, une bouée, un repère, pour ne pas se perdre.

Garder attacher toujours la ligne qui nous relie à terre. Car l’amour est une vague, le monde est océan, océan d’amour qui nous prend. Qui défait nos certitudes, qui balaye nos illusions. On se sent seul, coupé, isolé, enfermé dans un petit corps. Les mots sont si courts, le souffle si fragile.

Nous ne sommes rien. Nous sommes terrifiés face à l’immensité. Si seuls. Désemparés.

Et pourtant, au plus profond de nous, dans chaque cellule, chaque inspir, chaque battement de coeur, l’immensité vibre. Nous ne sommes rien, et pourtant nous sommes immensité. Coupés et reliés. Parcelle et totalité. Unique et multiple.

Plus la peine d’avoir peur. Prendre une grande respiration, gonfler ses poumons d’air, et sauter, à pieds joints, le coeur ouvert, dans ce monde qui nous tend les bras. Le grand monde vient tout contre nous, le grand monde nous enlace et nous murmure :

tout va bien, je suis à l’intérieur de toi. Laisse les larmes couler, laisse le masque se fissurer. Abandonne tes hardes, ton barda, tes chagrins, je suis là, à l’intérieur de toi. Au coeur même de ta solitude, je suis là, je vibre en toi. Je suis la main qui te tient, je suis la main que tu tiens.

Mon coeur explose, il est trop petit pour toute cette immensité. Larmes et rires mêlés, c’est moi qui le serrait trop. Juste ouvrir les bras, le grand monde est là, tout contre moi.

Photo by Trevin Rudy on Unsplash

Au hasard Balthazar, un nouveau rendez vous sur la passerelle. Chaque semaine, je vous lis un extrait choisi au hasard d’un livre pris au hasard. Il n’y a pas de hasard, tout est magie, tout est enseignement.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Merci d’avoir mis les mots… ils font un bien fou… pour ouvrir les bras au lieu de les serrer trop fort… Merci charlie <3

    1. Et ben merci à toi ! On sait jamais, en posant juste des mots sur un sentiment, si ça va faire écho ou tomber à plat comme un caillou qui ricoche pas. Là, les ronds dans l’eau se répondent, apparemment, alors merci de me le dire 🙂 On avance dans le noir, et de voir que pour d’autres, ça fait écho, c’est comme une multitude de petites lumières qui se répondent au coeur de la nuit. Merci !

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