– On est bien, ici, non ? Je crois que j’ai un côté canaille : j’ai encore envie d’être heureux.

Evidemment, il y a l’épuisement, les nerfs qui craquent et… vous. Je ne sais pas ce que c’est, la féminité. Peut-être est-ce seulement une façon d’être un homme. Mais un homme libre de femme, une femme libre d’homme soufflent dans leur moitié de vie jusqu’à ce que ça s’enfle et prenne toute la place. Le malheur fait bien sa propagande : indépendance, indépendance.

Hommes, femmes, pays, nous avons été à ce point infectés d’indépendance que nous ne sommes même pas devenus indépendants : nous sommes devenus infects. Des histoires d’infirmes, de mutilés qui se rattrapent : ils érigent l’infirmité et la mutilation en règle de vie. Bravo. Qu’on leur donne l’Ordre du Mérite pour services rendus à la respiration artificielle.

Nous avons remporté déjà de tels triomphes contre la nature que l’on peut très bien décréter que l’asphyxie est la vraie manière de respirer.

La seule valeur humaine de l’indépendance est une valeur d’échange. Quand on garde l’indépendance pour soi tout seul, on pourrit à la vitesse des années-solitude.

Le couple, Lydia, et tout le reste n’est qu’accouplement. Le couple, cela signifie un homme qui vit une femme, une femme qui vit un homme. Vous me demanderez alors pourquoi je ne me suis pas allongé à côté d’elle, pourquoi je ne l’ai pas prise dans mes bras et recueilli sur mes lèvres son dernier souffle. J’aurais pu aussi la suivre et mourir avec elle. Mais elle voulait rester vivante et heureuse et cela veut dire maintenant vous et moi.

extrait de Clair de Femme, de Romain Gary

Ecouter le podcast

Je n’ai pas lu ce livre. Je ne sais pas de quoi ça parle. Je ne me raccroche à rien de connu. Seulement cet extrait sur lequel je suis tombée.

Le couple en soi, être la totalité

Le couple. On y colle des images erronés. On confond couple et dépendance du mutilé à son infirmière. Vivre le couple en soi, vivre l’homme et la femme à l’intérieur de soi. Retrouver sa complétude.

Ce passage est riche de plein de choses. Des choses qui m’échappent, des choses que je ne définis pas. C’est peut-être ça le drame. De vouloir définir. Définir l’homme, la femme, la liberté, le bonheur. Et tout ce qui dépasse, on le coupe, on le tranche, on le mutile.

On passe notre temps à mutiler, au lieu d’agrandir nos possibles. Et on mutile celui qui dépasse de trop, des fois que ce soit contagieux.

La seule valeur humaine de l’indépendance est une valeur d’échange. Quand on garde l’indépendance pour soi tout seul, on pourrit à la vitesse des années-solitude.

On confond solitude et isolement. Complétude et accouplement. Amour et refuge rassurant et restricteur. Nous ne sommes pas des boa constrictor.

Arrêtons d’étouffer. D’étouffer nos vies, nos envies, nos sentiments et ceux qu’on croit aimer.

Aimons l’homme et la femme à l’intérieur de nous. Elargissons nos frontières, accueillons l’autre en nous qu’on ne connaît pas, et qui pourtant n’est autre que nous même.

Brisons le miroir de l’auto contemplation et de nos définitions, étendons nous à l’infini.

Inspire, expire. Tout est déjà là, ici, maintenant, en nous.

s'etendre à l'infini

Au hasard Balthazar, un nouveau rendez vous sur la passerelle. Chaque semaine, je vous lis un extrait choisi au hasard d’un livre pris au hasard. Il n’y a pas de hasard, tout est magie, tout est enseignement.

Abonne toi à nos podcast !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

×

Panier