Jamais je n’affirmerai que les manipulations de Pachita étaient de vraies opérations ; mais jamais je n’affirmerai le contraire… Et j’ai fini par conclure que cela n’avait pas d’importance.

C’est notre croyance en un monde « objectif », notre mentalité moderne soi-disant rationnelle qui fait que ce genre de questions nous tourmente. Nous prétendons toujours nous situer en tant qu’observateur détaché d’un phénomène supposé extérieur et dont les mécanismes doivent être clairement cernés.

Dans la mentalité « chamanique », par contre, ce type de problèmes ne se pose même pas. Il n’y a pas de sujet observateur et d’objet observé, il y a le monde en tant que rêve grouillant de signes et de symboles, champ d’interaction où se rencontrent des forces et des influences multiples.

Dans ce contexte, savoir si les opérations de Pachita sont « réelles » ou non s’avère incongru. Quel réel ? Dès lors que l’on pénètre dans le champ énergétique de la sorcière, que l’on s’incorpore à sa réalité et qu’elle entre dans la tienne, vous évoluez tous les deux au sein d’un réel où les pratiques de guérison se révèlent opérantes. Et le fait est que nombre de gens furent bel et bien guéris !

En outre, si je reviens au point de vue dit « objectif », jamais je n’ai pu la prendre en défaut, jamais je n’ai pu déceler le « truc », même en me tenant juste à côté d’elle semaine après semaine, pendant des heures…

Quoi qu’il en soit, on ne peut que reconnaître le génie de Pachita. Si c’était du théâtre, quelle actrice ! S’il s’agissait de prestidigitation, cette bonne femme était le plus grand prestidigitateur de tous les temps ! Et quelle psychologue…

extrait de Le théâtre de la guérison, de Alexandro Jodorowsky, éd. Albin Michel

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Vrai, faux, quelle importance ?

On aime définir et contrôler. Savoir ce qui est vrai, ce qui est faux, ce qui est bien, mal, beau ou laid, valable ou pas.

A l’intérieur de nos têtes, on légifère en permanence, à la recherche de la vérité vraie. Résultat ? On doute en permanence. La recherche de certitudes absolues nous amène au doute permanent car notre mental veut savoir, vérifier, contrôler, afin d’apposer le sceau de la vérité !

Notre petit je sait mieux que les autres, car il l’a vu, lu, regardé et en plus c’était certifié par l’organisme mondial de la pensée limitante ! Sinon, il doit vérifier. Et si c’était faux ? Et si je me trompais ? Et si je faisais mal ?

Entrer dans le monde des sorciers, c’est accepter la pensée ronde.

Tout est vrai et faux à la fois. Il n’y a pas d’erreur. Il n’y a pas de doutes. Tout est dans tout.

La réalité est un choix de notre perception.

C’est vrai, parce que je l’ai décidé. Parce que j’y ai mis toute mon intention, tout mon devoir croire.

C’est vrai parce que que cela soit vrai ou faux n’a aucune importance.

Seule compte l’action. Seule compte la perception suivie d’une action.

Au contact de Pachita, nous sommes alignés sur son monde. Elle chasse le doute et agit sur nous. Et ses patients sont réellement guéris. Est-ce que c’est une usurpatrice ? Une tricheuse ? Une tricheuse par rapport à quoi ? Qu’est-ce qui compte ? De connaître une vérité qui n’existe pas ? Ou de pouvoir marcher ?

Parfois, on rencontre des gens qui nous alignent et nous permettent d’accéder directement à une autre vision du monde. D’entrer dans le monde des chamans.

Parfois, on ne les rencontre jamais.

Ce monde nous est-il fermé pour autant ? Non, il suffit de faire rentrer ce monde à l’intérieur de nous. En abandonnant le désir de contrôle, la recherche de certitudes absolues et définitives et de vérité.

La vérité est si vaste qu’elle n’est même pas concevable pour nos petits cerveaux. Thalès, 6-7ème siècle avant JC, affirmait déjà que la terre était ronde et Erastosthène, au 3ème siècle avant JC, avait même mesuré sa circonférence. Ses calculs étaient déjà justes, à peu de chose près. Et pourtant, en Occident, on a mis du temps à y croire ! Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Notre mental traite 3000 infos par secondes alors que notre cerveau reçoit 4 milliards d’info par secondes !

Et pourtant, on a la suffisance de croire qu’on détient la vérité ! Qu’avec notre petit mental, on sait ce qui est vrai ou faux, bien ou mal.

Pourtant, on continue à agir en fonction de la morale et de la loi des zhommes qui, eux, savent ce qui est bon pour nous. Quelle absurdité !

Entrer dans le monde des sorciers, c’est accepter que le monde est un mystère insondable.

Et que nous faisons partie de ce mystère.

C’est accepter ce mystère en nous, en permanence. C’est écouter et observer le monde, les signes, nous même, pour agir en fonction de ce qu’on perçoit et non pas de ce qu’on croit savoir.

Il n’y a pas de règle, pas de certitude, pas de définitif car seule compte l’Energie. Et l’énergie est mouvement permanent.

Faire taire nos doutes, ces voix en nous qui cherchent les certitudes, les vérités validées, les faire taire et juste écouter le chant du monde, la mélopée de notre mystère. Revenir en permanence à nos sensations. Elles changent, bougent, évoluent. Rien n’est fixité. Tout est mouvement. Pensée ronde, mouvement permanent.

Bienvenue chez vous.

Photo by Joshua Newton

Au hasard Balthazar, un nouveau rendez vous sur la passerelle. Chaque semaine, je vous lis un extrait choisi au hasard d’un livre pris au hasard. Il n’y a pas de hasard, tout est magie, tout est enseignement.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Trop bien!!! Merci!!!

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